A peine résolus quelques grands sujets régaliens (Castaner à la tête de LREM à la surprise générale, un remaniement ministériel d’enfer avec l’arrivée d’un illustre inconnu à un poste accessoire, une tournée chez les édiles de France qui commence par des sifflets avant de se clôturer sur des applaudissements – ces naïfs ont cru que le manque à gagner de la diminution des rentrées suite à la baisse de la taxe d’habitation serait compensé !), notre Jupiter se devait, histoire de poursuivre sa chanson de geste, d’aller faire le paon en terre d’Afrique. Tournée fut lancée à la mode Sarkozy, le poulbot gaulois allant depuis son jet de capitale en capitale semer la bonne parole du futur Roi d’Europe. Et comme à l’époque de Tintin distiller ça et la quelques piques bien senties à cette bande de bwanas banania mal blanchis, tout enamourés de respect devant le Petit Maitwe Blanc.

Ce fut donc en quelques petites journées bien condensées une distribution généreuse de propos lénifiants, entrecoupés de vils mensonges à la sauce Rothschild, d’absurdités historiques et de grossières leçons à destination de peuples soumis par essence. Car notre divin monarque sorti de sa propre cuisse n a de lien qu’avec sa propre légende, ne se sent en rien lié avec ses prédécesseurs et leurs locales destructions, et au-delà, ainsi vont les immortels, avec cette Histoire non officielle dont il sait faire fi comme personne. Car quoi : de quoi Macron est-il le nom, sinon de lui-même, et il s’agit ici comme ailleurs de se faire voir et entendre, non de dire le vrai. Et de faire bien sentir aux gueux qui est le maitre.

Nous eûmes aussi droit à un nouveau couplet sur les ravages de la colonisation. Oh pas celle de nos multinationales, pas Shell, pas Total, pas ces grands groupes bienfaiteurs de l’humanité, non : nos ancêtres, ces arriérés, ces nationalistes, ces grands parents, bref, ces franchouillards et avec eux notre histoire et notre fierté, pour ceux qui avaient loupé l’épisode de la campagne (un copier-coller de la déclaration du jour) une seconde couche fut nécessaire. Il est vrai que pour quiconque a la prétention de maitriser les horloges, réécrire l’histoire à la serpe en faisant du passé une obsession est comme qui dirait une technique de base.

Quant à l’actuelle colonisation, les ressources pillées, le franc CFA, les copinages avec les dictateurs locaux, sans parler des guerres ici et la tolérées voire accomplies par le pays qu’il préside : silence radio. En lieu de ça on eut droit à un bottage en touche cocasse par le parti pris amnésique qu’il posait à propos du retour de l’esclavage en Libye (sujet à propos duquel manifester à Paris sans se faire harceler par des CRS est quelque peu aléatoire). Non non non !, fit notre poupée Attali, nous européens n’y pouvons rien, c’est vous les africains qui vous exploitez et donc vous vendez vous-mêmes, bande de sauvages !

Tiens donc … La France, la Libye, 2011, le duo Sarkozy BHL, le gentil Juppé, tout ça balayés d’un revers de mains … La destruction d’un pays en parfait état de marche, alors le plus riche d’Afrique, et dont le dirigeant assassiné avait presque réussi a remplacer le franc CFA par une monnaie africaine, le financement d’Al Nosra (le gouvernement Valls dont faisait partie un Macron qui devait être un autre que l’actuel était quelque peu mouillé il me semble …) … Le business juteux de nos milliardaires marchands d’armes et par ailleurs propriétaires de médias plus que complaisants envers Son Altesse … Tout ceci fut comme on dit caché sous le tapis, balayé, oublié, ou plutôt masqué par le pro de l’entourloupe élyséen en tournée de promo. Apres tout ça ferait tache dans la geste du sauveur de l’Afrique que Monsieur Donneur de Leçons veut se façonner. On a connu budget maquillage plus élevé.

On eut droit aussi à un cours de démographie mâtiné de sauce économique. La cause du déclin africain nous susurra le grand penseur orléanais c’est que les africaines (ces gueuses) ne sont pas fichues de pondre moins de sept à huit gosses. Et ça, c’est LA raison par essence de la stagnation du continent à la fois le plus riche et le plus pillé de la planète.

Au fond le gentil Bill Gates et sa hantise de la surpopulation ne dit pas mieux. Le souci avec les pauvres c’est que ça se reproduit comme du chiendent.

Bigre ! Fallait la trouver ! Le problème de l’Afrique en fait c’est qu’il y a trop d’africains. Le problème de la vie c’est la vie, voyez, nous suggère l’aristocrate des grands corps d’état depuis son Aventin : c’est la reproduction de cette dernière qui fout la merde ! Passons sur l’erreur (forcement volontaire) du chiffrage : la boite à pondre continentale indique cinq là ou notre Powerpoint sur pattes récite entre sept et huit. Après l’homme africain passif face à son histoire, ancienne contine d’Henri Guaino, cette suite permettait une nouvelle fois au représentant direct des anciens colons et actuellement VRP des nouveaux d’accuser les serfs des méfaits dont ils n’en finissent pas d’être victimes, tout en les culpabilisant au passage.

Au colonialisme économique on ajoute une pincée de mépris de race sur fond de mensonges éhontés. En langage moderne ça s’appelle de la communication politique.

Puisqu’on parle gros sous, notre spécialiste du Haut de Bilan et de la vente à la découpe des bijoux de famille nous en a pondu une bonne, d’idée, une à laquelle même ivre je n’aurais jamais songé moi-même : changer la dénomination du franc CFA. J’imagine que, telle une vieille boite marquée à la culotte par de vieux dossiers puants, le changement de nom et donc d’image précèdera voire remplacera le changement tout court. Car quoi ? C’est une manne que cette Afrique pour nos dirigeants de tous poils, et s’il semble avéré que la chaine CFA compte parmi les causes majeures du dépérissement de la population, on ne change pas (sinon le nom et le logo) une formule qui fait autant palper aussi peu au détriment d’autant.

Je n’ose songer à ces jeunes étudiants invités promptement à écouter la parole de ce roquet censé nous représenter, nous français. Lesquels, avec un peu de mémoire, devaient pour certains se rappeler ce Chirac qui, il y a encore dix ans, était par eux et pour nous autres gueux du vieux continent considéré comme un authentique ami de l’Afrique. Fin connaisseur de leurs cultures et de leurs arts, qu’il sut mettre en lumière. Lui qui savait comme personne toucher le cœur des peuples de cet immense continent sacrifié aux intérêts de l’Occident, et qui formait comme un rempart.

Que vous est-il donc arrivé à vous nos amis français – devaient-ils songer en silence face au vacarme plein de morgue et de mépris de celui qu’on leur a vendu comme notre nouvelle savonnette ? Qu a-t-il donc bien pu vous arriver en aussi peu de temps ?

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