Si les plateformes numériques de mise en relation comme Airbnb ou Leboncoin sont souvent prisées des consommateurs en raison des économies qu’elles permettent de réaliser, les services 2.0 peuvent parfois réserver quelques surprises. En témoigne la récente enquête du Parisien qui fait état d’une augmentation de « faux moniteurs » de conduite proposant leurs services sur le Web.

Qu’ont en commun, en France, les auto-écoles, les grands magasins, les hôtels et les taxis  ? Ces secteurs d’activité, pour ne citer qu’eux, ont tous été impactés, ces dernières années, par l’arrivée en trombe du numérique dans la vie de tous les jours. L’idée de départ  ? Simplissime : mettre en relation directe des professionnels et des clients pour un service donné, sans passer par de quelconques intermédiaires. Avec l’essor d’Internet et l’essoufflement de l’économie traditionnelle, l’arrivée du collaboratif a permis de redynamiser certains marchés tout en conservant, voire en améliorant parfois la qualité du service fourni. Les prix étant quant à eux tirés vers le bas, pour le plus grand bonheur du consommateur.

Prostitution

Une question, dès lors, mérite d’être posée. Si le porte-monnaie, la plupart du temps, sort gagnant — ou, en tout cas, non-perdant — de la numérisation de notre économie, quid des services «  offerts  »  ? Cet été, le Journal de Montréal rapportait un fait de nature à désenchanter un peu le nouveau monde de l’économie collaborative.

Dans le viseur : Airbnb, la plateforme américaine de location de meublés entre particuliers. La principale métropole du Québec a dû faire face, ces derniers temps, à des pratiques un peu étranges — et totalement illicites —, où se mêlent prostitution, organisations criminelles et locations d’appartement via l’application californienne. Qui favoriserait, en d’autres termes, le développement de certaines activités absolument illégales.

«  Vous arrivez dans l’appartement, il y a des filles qui sont là et des préservatifs qui traînent, ils ont fumé à l’intérieur, vous voyez des lignes de cocaïne sur les tables  » avait témoigné Jeff Letendre, fondateur de Like a Hotel, une entreprise qui a mis au point des méthodes de vérification pour éviter que ce genre de situations ne se répètent. «  Pour ces groupes, faire affaire avec des particuliers comporte au moins deux avantages : c’est moins cher et l’endroit sera moins surveillé qu’une chambre d’hôtel  » explique le tabloïd québécois.

Faux moniteurs

A Paris — comme dans certaines grandes villes françaises —, l’apprentissage de la conduite sans passer par la case auto-école s’est développé ces derniers temps, comme le rapporte une enquête réalisée par le quotidien Le Parisien. Gain de temps et d’argent, procédure simplifiée — quelques clics suffisent pour trouver un moniteur —, les apprentis conducteurs n’hésitent plus à court-circuiter les auto-écoles.

Mais s’exposent parfois à de lourdes conséquences : les «  faux moniteurs  » proposant des heures de conduite sur Internet sont aujourd’hui particulièrement nombreux. Or, conduire à côté de quelqu’un qui ne détient pas le titre d’enseignant revient à conduire sans permis  ; «  vous paierez peut-être une pseudo leçon peu chère, mais les risques que vous encourrez sont fort  » expliquait Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la sécurité routière, sur BFM TV. A l’arrivée, en effet : un an d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende encourus. Sans parler du fait que ces «  faux moniteurs  » n’utilisent pas de voiture à double commande et ne peuvent donc pas freiner en cas de problèmes… Rassurant.

Plus ancienne, la pratique des offres illicites de vente qui pullulent sur les sites Internet dédiés fait également partie de ce «  côté obscur  » de l’ubérisation. Nombreuses sont les personnes, sans doute, à avoir été un jour trompées par de fausses annonces, perdant à l’arrivée non seulement de l’argent, mais aussi la confiance qu’elles plaçaient dans Internet et ce genre de plateformes.

Fin 2014, par exemple, des policiers ont interpellé une femme de 29 ans qui vendait sur Leboncoin.fr des objets qu’elle ne livrait jamais. Bilan : 25 personnes escroquées et plus de 4 000 euros gagnés illégalement. Une pratique extrêmement courante, permise par le succès du site Internet aux plus de 800 000 nouvelles annonces chaque jour, où un Français sur trois environ se rend pour effectuer des achats en ligne. Ce qu’il recherche avant tout : la gratuité du service.

Faut-il regretter pour autant le basculement d’une économie traditionnelle vers un mode plus collaboratif  ? Evidemment non. Mais s’en méfier, oui. Redoubler de vigilance. Et faire confiance, parfois. La réussite du site Leboncoin.fr n’est pas indue  ; la majorité des offres qui y figurent sont «  de bonne foi  ». Pareil pour le secteur de l’apprentissage de la conduite : certaines auto-écoles en ligne, comme Auto-ecole.net, proposent des services similaires et tout à fait légaux, avec de «  vrais  » moniteurs, comme le font les historiques C.E.R — association qui regroupe des professionnels de l’enseignement de la conduite depuis 1983 — et l’Ecole de conduite française (ECF), dont la réputation, en termes de sécurité notamment, n’est pas à faire. Enfin, pour la location de meublés, gageons que derrière tous les profils Airbnb ne se cachent pas des Jawad Bendaoud en puissance.

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