Madame la Professeure Nanine Charbonnel, bonjour,

Je suis en train de lire votre ouvrage intitulé « Jésus-Christ, sublime figure de papier » paru cette année. Félicitations ! Un volume de 500 pages. Des références nombreuses. Un travail de Bénédictin. Ce travail a-t-il été reconnu par la communauté scientifique et les médias ? Il ne semble pas. Aucun débat ! Seulement quelques courts articles de presse, sans commentaires, qui seront vite oubliés.

Sur Wikipédia, votre travail a été relégué au niveau d’une simple thèse mythiste. D’où la réaction de votre maison d’édition, je cite… surveillée en permanence par des cerbères inconnus dont la bêtise et la méchanceté sont protégés par l’anonymat, madame Charbonnel aurait le défaut majeur de ne présenter de la thèse de l’inexistence historique du Christ qu’un panorama tronqué…

Contrairement à d’autres auteurs, vous n’êtes pas animée par un esprit polémique destructeur. Vous écrivez, page 136, que, personnellement, vous vous sentez « culturellement » tout à fait chrétienne, et que vous n’avez aucun ressentiment envers l’Église catholique ou autre. Seule compte à vos yeux la vérité, – et philosophiquement, elle est passionnante.

Nous sommes d’accord sur ce point.

Concernant l’énigme de la femme hémorroïsse et de la fille de Jaïre, vous hésitez, page 229. Vous avez même l’honnêteté de reconnaître la difficulté qu’il y a à comprendre cette énigme. Bien qu’elle soit, à mon sens, plus historique que « fictive », permettez-moi de vous proposer mon interprétation (cf mon « Histoire du Christ, tome II », page 79, publiée en 1996. Cet ouvrage a été relégué par la Bibliothèque Nationale aux rayons poussiéreux des ouvrages ésotériques. Mais oui, vous voyez que vous n’êtes pas le ou la première auteure à être l’objet de discrimination… également sur Wikipédia….(cf renvoi 1).

Voici mon interprétation d’après l’évangile de Marc (Mc 5, 21 à 29), puis de Jean… Il y avait une femme qui depuis douze ans souffrait de pertes de sang et dont les souffrances n’avaient fait qu’empirer malgré les efforts des médecins ou peut-être à cause d’eux. Elle avait dépensé tout son bien dans des médicaments divers et coûteux ; elle se trouvait dans le plus profond désarroi. Yahvé avait dit en effet à Moïse et à Aaron : « Toute femme est impure pendant ses règles, sept jours avant et sept jours après. » Et il avait même précisé que celles dont l’écoulement de sang durait plus longtemps étaient impures pendant toute la durée de l’écoulement (Lévitique 15, 19 – 33).

Quand elle sortait de sa maison, on s’écartait sur son passage. Si elle touchait un objet, on ne touchait pas l’objet après elle. Et si par mégarde, quelqu’un la heurtait, il allait aussitôt se laver de sa souillure. Personne ne la plaignait ; tous la méprisaient car on pensait que son mal était en rapport avec son péché. La femme s’était dissimulé le visage sous un voile pour qu’on ne la reconnaisse pas dans la foule et elle se disait à elle-même : « Si je puis m’approcher de Jésus et le toucher, ne serait-ce que le pan de son manteau, je serai guérie. » Alors, se frayant un passage, elle toucha Jésus. Aussitôt, la source de son mal se tarit, et elle connut dans son corps qu’elle était guérie.

Jésus, sentant qu’une force était sortie de lui, se retourna et dit : « Qui a touché mes vêtements ? » car la foule le pressait de tous côtés. Puis, cherchant du regard le regard inquiet de la femme, il lut dans ses yeux le drame qui l’avait habitée ; il la rassura par ces mots : « Va ! sois guérie de ton fléau. Ta foi t’a sauvée !. »

Qui était cette femme que Jésus a guérie par un extraordinaire acte de foi ? Quelle était le nom de cette malade dont l’impureté remontait à douze ans ?

Pour un Juif lettré de cette époque, la réponse était relativement facile à trouver. Il s’agit de l’antique bourgade non loin de laquelle Tibériade est née : Magdala, au bord du lac de Galilée. C’est elle qui a enfanté Tibériade. (2)

Hélas ! l’enfantement s’est très mal passé, car Hérode Antipas a eu la malencontreuse idée de faire construire la nouvelle ville sur un ancien cimetière, obligeant ainsi les habitants à marcher sur le corps des morts, ô sacrilège ! Voilà pourquoi les Juifs pieux ne voulaient pas venir habiter à Tibériade ! Douze ans après le commencement des douleurs, l’accouchement n’est toujours pas arrivé à son terme. Le sang coule, la femme souffre, et le site de Tibériade est toujours impur.

Le chef de la synagoque est très inquiet pour sa ville. Il se rend auprès de Jésus et l’implore : « Ma jeune enfant (la nouvelle ville de Tibériade), lui dit-il, est très gravement malade. Viens imposer tes mains sur elle pour la sauver et la faire vivre.

 En arrivant à la maison – dans la synagogue – Jésus y trouva une foule en grand tumulte. Certains, interpellant le chef de la synagogue, lui criaient : « Ta fille (Tibériade) est morte ! »Mais Jésus, ayant entendu, lui dit : « Sois sans crainte ! Aie foi seulement ! Ta fille n’est pas morte, mais elle dort. » S’approchant du chevet de l’enfant, il lui prit la main et lui dit : « Talitha Koum » ce qui signifie : « Fillette, je te le dis, lève-toi ! » Aussitôt, Tibériade se leva et elle marchait, car elle avait douze ans. (D’après Marc 5, 30 à 43).

On sait que Tibériade fut fondée en l’an 19 et consacrée en l’an 22 de notre ère (3). Le miracle de Jésus, survenant douze ans après, nous donne la date approximative de l’évangile de Marc : vers l’an 33 ou 34, soit environ trois ans après l’évangile de Jean, trois ans après le Jésus plus ou moins prophétisé (?) de Jean-Baptiste.

Pour sauver la multitude de Tibériade. (cf croquis ci-dessus)

Dans l’hypothèse prudente où la partie nord de la Palestine serait, un peu, à l’image de sa partie sud, je vous propose de rechercher le sens caché de la Passion, non seulement à Jérusalem mais aussi à Tibériade. N’oublions pas que Tibériade, à cette époque, avait des problèmes. C’était la ville dont on n’osait pas prononcer le nom.

Il y avait donc des Grecs à Tibériade, comme à Jérusalem. Ils s’avancèrent vers Philippe qui habitait dans la maison des pêcheurs de Bethsaïde — de l’autre côté de la mer de Galilée — et ils le supplièrent, disant : « Nous voulons voir Jésus. »(Jean 12, 21). S’agit-il du tétrarque Philippe, fils d’Hérode, qui se fit enterrer à Bethsaïde, pourquoi pas ? S’agit-il seulement du fait que Bethsaïde dépendait de sa tétrarchie jusqu’à sa mort en 34, peut-être ? (Veuillez noter, en passant, que ce passage de l’évangile de Jean signifie clairement que cet évangile était déjà paru à cette date). Philppe se rendit donc auprès d’André (la partie de la communauté de Bethsaïde acquise aux idées de Jean-Baptiste, son chef, ou les deux à la fois). En revanche, il n’est rien demandé à Pierre qui, dans ma thèse, est la partie de la communauté de Bethsaïde non encore convertie aux idées de Jean-Baptiste, son chef ou les deux à la fois. Étonnant !

 André fit part de ce vœu à Jésus, c’est-à-dire à la communauté essénienne représentée par son conseil siégeant sur la hauteur de Gamala (4). Et la communauté rassemblée en esprit (Jésus), après en avoir délibéré, décida que l’heure était venue, et que le Fils de l’homme (la communauté rassemblée en corps) devait être sacrifiée pour la multitude de Tibériade. « En vérité, je vous le dis, le grain de blé jeté dans le sillon, s’il ne meurt pas, reste égal à lui-même ; mais s’il meurt, il donnera naissance à d’autres graines qui donneront à leur tour d’abondantes moissons. » (Jean 12, 24).

On se doute qu’une aussi grave décision ait jeté le trouble dans l’âme de la communauté (dans l’âme de Jésus). Mais une voix, aussitôt, descendit du ciel, rappelant aux jeunes l’exemple que leurs anciens leur avait donné à la fin du règne d’Hérode le Grand (5). « Comme tu m’as jadis glorifié, de nouveau glorifie mon nom ! » (Jean 12, 28).

Alors, la foule (la population juive laborieuse de Galilée) entoura Jésus (les futurs martyrs) disant : “Il est écrit que l’oint du Seigneur (la communauté essénienne) devait demeurer à jamais parmi nous ». « Vous avez vu la lumière, leur répondirent les disciples, croyez en elle et vous serez fils de lumière. » Ces disciples, ne seraient-ils pas les nombreuses petites communautés esséniennes qu’évoque Flavius Josèphe ? Ensuite, ils se retirèrent dans leurs maisons (Jean 12, 34 à 36) et les premiers candidats au martyre se rendirent à Tibériade (ma thèse) pour porter la « Bonne Parole » et pour y mourir.

Malgré tous les signes que les disciples faisaient, la population récemment immigrée de Tibériade ne croyait pas en eux. Certains chefs crurent, mais à cause des Pharisiens, ils ne faisaient pas état de leur croyance de peur d’être exclus de la synagogue. Les disciples de Jean-Baptiste criaient à la foule (de Tibériade) : « Si vous croyez en nous, ce n’est pas en nous que vous croyez, mais en Celui qui nous envoieNous sommes la lumière qui éclaire les ténèbres. Nous ne venons pas pour vous juger comme le font les Pharisiens, mais pour vous sauver, et par-delà la foule (de Tibériade), sauver le monde entier. » (Jean 12, 47).

Situer une telle scène de conversion en ville même de Jérusalem, non, vraiment, cela me semble totalement irréaliste. Non, vraiment, je ne peux pas parler à cette date de textes chrétiens, vu que ce terme de chrétien n’existera que plus tard, au temps de saint Paul, à Antioche.

Puis, ils se rendirent au bord du lac de Galilée, et en signe d’humilité, toutes les communautés du bord du lac, ils leur lavèrent les pieds, et même les Esséniens non convertis aux idées de Jean-Baptiste (Pierre), ils leur lavèrent les pieds malgré leurs réticences. (Jean 13, 7)

Avant le sacrifice suprême, ils se retrouvèrent tous à Gamala, autour de la table du conseil. S’y trouvaient Jean (la communauté essénienne/baptiste des bords de la mer Morte) et Pierre (les Esséniens de Bethsaïde en puissance de conversion). Jésus trempa le pain (de sa parole) dans la mer de Galilée et le tendit aux Esséniens en puissance de refus et aux Pharisiens de la maison de Juda. Poussés par ceux-là (la maison de Juda de Jérusalem), le Sanhédrin de Tibériade (ma thèse) décida de sévir contre les disciples de Jean-Baptiste qui venaient de Gamala et des bords de la mer Morte pour évangéliser la foule de Tibériade.

Les Esséniens presque convertis de Bethsaïde (Pierre) assurèrent les Jean de leur soutien. Hélas ! trois fois, ils les renièrent.

Un récit étrangement voilé. (cf mon croquis en fin d’article)

Après la cène de Gamala, Jésus s’est rendu dans un jardin de Jérusalem de l’autre côté du torrent du Kédron. C’est là que la cohorte romaine l’a arrêté. Ensuite, on l’a conduit devant le grand prêtre Anne qui présidait le Sanhédrin de Jérusalem. Après l’avoir entendu, Anne l’a envoyé au grand prêtre Caïphe. C’est ici que se pose un problème. En effet, Caïphe ne pouvait pas être le grand prêtre de Jérusalem puisque c’était Anne ; il ne pouvait être que le grand prêtre du Sanhédrin de Tibériade. Il faut donc comprendre qu’Anne s’est contenté de « lier » Jésus, peut-être par une décision de justice qu’il était le seul à pouvoir prendre en tant que pouvoir central, et qu’il l’a fait conduire “ainsi lié” jusqu’à Tibériade (?).

Ensuite, Caïphe aurait envoyé Jésus devant le prétoire de Pilate, de toute évidence à Césarée. Quand on se rappelle que Paul a été traîné jusque-là pour y être jugé, on ne voit pas pourquoi il n’en aurait pas été de même pour Jésus. Si Pilate est sorti deux fois du prétoire pour aller vers les Juifs, cela signifie qu’il a envoyé, par deux fois, des messages au Sanhédrin pour lui dire qu’il ne trouvait aucun motif pour condamner Jésus. Lorsque le procurateur a fait sortir Jésus — c’est la troisième sortie de Pilate — quand il a dit aux Juifs qu’il l’avait amené dehors, cela signifie qu’il l’a fait conduire de Césarée à Tibériade pour le livrer au Sanhédrin de cette ville avec autorisation de le mettre à mort, tout en reconnaissant qu’au regard de la loi romaine, il n’y avait aucun motif de condamnation. C’est un scandale, c’est un véritable cas de forfaiture ! Qu’on ne s’étonne pas si le fameux Pilate a été relevé par la suite de ses fonctions.

Jésus a-t-il été crucifié à Jérusalem ou à Tibériade ? Est-il ressuscité à Jérusalem ou à Tibériader ? De même qu’à Jérusalem, les vestiges de tombeaux ne manquent pas à Tibériade. A la sortie sud de la ville, on peut encore voir deux portes de tombeau en basalte remarquablement sculptées (6).

N’est-il pas curieux que ce soit Marie de Magdala – elle habite non loin de Tibériade – qui arrive, la première au tombeau alors que le jour n’est pas encore levé. Elle court à Gamala/Bethsaïde pour prévenir Simon Pierre et à Macheronte/Thamna/Qoumrân pour alerter Jean. Les Saints de Gamala et les Saints de la mer Morte accourent. Mais bien qu’il soit le plus éloigné, c’est Jean qui court le plus vite ; c’est lui qui arrive le premier, avant Pierre…

Dans mon hypothèse, Jean et Pierre regardent le vieux cimetière de Tibériade. Ils constatent que les tombeaux sont ouverts. Ils “voient” d’un côté les tuniques de lin, vides, et de l’autre, les suaires qui recouvrent le visage des défunts, roulés à part mais rassemblés en un seul endroit, comme s’il s’agissait des draps mortuaires d’un seul mort. Et alors, ils comprennent que Dieu a levé l’anathème dont Tibériade était victime, puisque les morts de la nécropole sont maintenant ressuscités.(cf traduction Claude Tresmontant, pages 301 et 302 de son Christ hébreu).

(extraits de mes deux « Histoire du Christ » tome I et II écrits en 1985, publiés en 1996, dépôt légal.)

Jésus aurait-il été crucifié, à la fois, à Tibériade et à Jérusalem ? Il y a là un mystère. J’y réfléchis depuis un certain temps et j’y réfléchis encore aujourd’hui.

Emile Mourey, 14 novembre 2017. Photos, département des Antiquités israéliennes. 

Renvoi 1 : Extraits des pages « discussion » de Wikipedia : On garde encore le paragraphe sur E. Mourey et ses élucubrations, il n’a jamais publié scientifiquement (et pour cause), cela ne mérite même pas une ligne, en l’absence de source sérieuse et d’une argumentation, je couperai ce passage qui propage un TI sans aucune justification. Luscianusbeneditus (d) 18 septembre 2009 à 23:10. E. Mourey, semble-t-il, s’emporte sur Agoravox quant au traitement qu’on lui réserve ici. Il ne se rend pas compte que toute mention à son TI aurait dû dispraître depuis longtemps. Je laisse une semaine pour que d’éventuels soutiens apportent la preuve de la notoriété de ses lubies, au-dela je supprimerai tout le paragraphe.Luscianusbeneditus (d) 19 novembre 2009 à 22:08.
J’ai supprimé les liens renvoyant aux sites mentionnant les écrits de E. Mourey : n’étant publiés qu’à compte d’auteur ils relèvent du travail inédit (ils sont par ailleurs totalement irrecevables du point de vue scientifique). Luscianusbeneditus 7 juin 2007 à 21:19.

2. Il s’agit du phénomène antique bien connu d’une cité-mère qui fonde – qui engendre – des colonies-filles… Magdala ! Vieille cité antique particulièrement animée jadis, ville commerçante et touristique avec ses sources guérisseuses ; aujourdhui désertée, ses murailles, sa synagogue, ses maisons enfouies sous terre. Mais au temps de Jésus, – l’Évangile le prouve – elle vivait encore. Qu’on s’imagine la population qui s’y trouvait. Elle a la forme d’une belle femme. Elle est au pied de Jésus. La chevelure défaite répandue sur les épaules, elle pleure : Marie de Magdala, Marie-Madeleine. Magdala a péché sept fois : autant de fois qu’elle possède de sources sacrées. Elle a péché à cause de Tibériade en acceptant d’accueillir sans contrôle sur son territoire tous les vices d’un monde irréligieux et affairiste. Jésus a fait sortir de Marie-Madeleine les sept démons de son mal. Et à partir de cet instant-là, l’ancienne pécheresse, prostituée peut-ëtre, ne quittera plus Jésus. Elle sera au pied de la croix et elle le verra, ressuscité. Peu de femmes ont suscité autant l’imagination des artistes.

3. Guides Nagel : Israël, page 245.

4. Comme Sephoris, capitale de la Galilée, que j’identifie à la véritable Nazareth, Gamala est un site militaire important du nord de la Palestine. Le fameux Judas le Galiléen est, bien évidemment, le même que le Judas le Gaulanite, ou Gaulanitide, ou Judas de Gamala. Il me paraît logique qu’après avoir été chassé de Sephoris, il se soit rétabli à Gamala, y laissant une descendance qui semble s’être fondue dans le mouvement essénien.

5. Il s’agit de l’affaire de l’aigle d’or que relate Flavius Josèpne. Des jeunes gens en stage de formation avaient décroché l’aigle d’or qu’Hérode le Grand avait fait installer au fronton du temple. Hérode les avait fait mettre à mort ainsi que des grands prêtres. Aux funérailles du roi, une multitude de provinciaux montèrent à Jérusalem car c’était aussi la fête de la Pâques. Archélaos fit donner la trpoupe. Il y eut 3000 morts.

6. Guides Nagel, Israël, page 247.

 

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