Ce reportage qui s’inscrit dans la « Campagne de Russie » d’Emmanuel Macron n’est pas une Surprise. En effet, le climat de russophobie créé sous François Hollande pour contrer l’influence croissante de la Russie en France s’est exacerbé avec son remplaçant. Ce dernier est ouvertement en guerre contre les médias russes qui avaient pris position pour deux de ses adversaires (Fillion et Le Pen) lors des élections présidentielles de 2017. Mais qu’attendre de deux présidents français issus du programme US des « young leaders » (François Hollande promotion 1996 et Emmanuel Macron promotion 2012).

Le Kompromat n’est pas une nouveauté ni en Russie, ni en Occident. Pour rester neutre, les affaires Dejean et Strauss-Kahn peuvent être citées. Maurice Dejean était un diplomate français, ancien collaborateur du Général de Gaulle à Londres et ambassadeur de France en Russie de 1955 à 1964. Il fut piégé par une hirondelle du KGB et victime d’un chantage. De Gaulle salua son retour à Paris par un laconique « alors Dejean, on couche » ou selon Alain Peyrefitte par « alors Dejean, on aime les femmes ». Nul besoin de rappeler l’affaire Strauss-Kahn qui fit du directeur du FMI et potentiel futur remplaçant de Nicolas Sarkozy, un paria. Nul doute que si des images de l’intérieur de la chambre du Novotel avaient existé, elles auraient été diffusées sur les chaînes de télévisions du monde entier comme les coucheries du parti Parnas sur les chaînes russes.

 

Des effets visuels et un montage trompeur  :

Le reportage commence par des images de la fête nationale russe « sous bonne escorte » selon la voix off, propos illustrés par une foultitude de plans représentant les forces de l’ordre. La première idée est donc de présenter la Russie comme un État policier. Toujours lors de ces festivités, l’artiste anglo-russe dissidente Natalia Pelevina est interviewée. Elle déclare en regardant une place quasiment vide : « j’aimerais vraiment voir ce qui se passe derrière mais je pense que c’est risqué de se rapprocher ». Cette déclaration fantasmagorique qui n’engage qu’elle est suivie des images de l’arrestation de cinq manifestants venus perturber les festivités. Le comble du ridicule est atteint avec la mise en scène d’une périlleuse escalade d’un muret pour échapper à « l‘interpellation musclée »de la police… Tout est bon pour tenter de montrer que la Russie est un pays violent et dangereux.

Mais en réalité, même avec « ces effets visuels et ce montage trompeur » le déploiement des forces de l’ordre présenté est bien moins choquant que celui des militaires du plan Vigipirate faisant ressembler la France à la Tapiocapolis de Tintin et les Picaros. Sans parler des interpellations qui sont bien moins violentes que celles des parents venus défendre la famille lors de la manifestation pour tous, ou des travailleurs venus défendre leurs droits lors des contestations contre la « loi du travail ». C’est-à-dire dans le cadre de manifestations autorisées contrairement aux arrestations illustrées par les images manipulées par « Envoyé Spécial ».

 

Exemple de montage à la façon d’ « Envoyé Spécial », mise en parallèle d’un stéréotype de dictature selon Hergé et du quotidien des français.

 

Le documentaire se poursuit sur les coucheries de Natalia Pelevena au sein du parti d’opposition Parnas et ses propos lucides sur Navalny, qu’elle qualifie de « grosse merde » et de « l’homme le plus désagréable du monde ». Au moins le reportage aura eu le mérite de faire découvrir au français la vérité sur le dissident vedette des occidentaux.

Des contres-vérités :

Mais bien au delà des « effets visuels et montages trompeurs », le reportage comporte des contre-vérités flagrantes. Selon eux « le fils d’un oligarque a même créé sa boite à Kompromat, Gabrielanov est un fan de Poutine ». C’est tellement vrai qu’Ashot Gabrielanov vit à New York depuis septembre 2014… De plus, il n’est pas le fondateur mais le fils du Fondateur de Life News Aram Gabrielanov.

 

L’affaire Barbereau : 

Le propos de ce paragraphe n’est pas de discuter de l’innocence ou de la culpabilité de Yoann Barbereau, mais seulement de la récupération médiatique qu’il en a été faite par les médias français.
 

Cette partie du reportage est introduite par une musique anxiogène. Dès le début, la difficulté de lier le cas de Yoann Barbereau, défini comme une affaire locale par le journaliste, avec la première partie du reportage se fait sentir. Un tel lien n’est rendu possible qu’en passant par « la contamination de tout un pays et qui peut désormais détruire n’importe qui »…

Yoann Barbereau est l’ancien directeur de l’Alliance Française d’Irkoutz. Avant cela,il avait travaillé de 2002 à 2005 à Rostov sur le Don où il a rencontré sa future ex-femme Darya.

L’Affaire commence fin décembre 2014 par la mise en ligne de photos personnelles de Yoann Barbereau sur le forum familial russe « Papa + Mama ».

Deux hypothèses se sont présentées dès le début de l’affaire. La première et la plus probable, une source intra-familliale, soit venant Darya Barbereau (son épouse), ou de ses parents ou des trois à la fois. Les problèmes culturels dans les couples mixtes en Russie sont légions (70% se terminent par un divorce). Ce que confirme Yoann Barbereau lui même lors de sa conférence de presse en déclarant qu’il était en instance de divorce en décembre 2014.

La seconde hypothèse est l’intervention extérieure soit par un rival du « français ambitieux et un peu mégalomane », ou d’un mari jaloux.C’est cette dernière hypothèse qui est avancée par la police locale selon le site conspirationniste russe « Top Secret ». Un « fonctionnaire » cocufié par Yoann Barbereau aurait piraté l’ordinateur du français et posté les images en ligne.

 

Les reporters d’Envoyé spécial quant à eux ne se posent pas de question, c’est la faute à Poutine !

 

 

Le selfie au cœur du scandale : à gauche l’image d’origine (source life.ru). A droite capture d’écran du reportage France2, l’image est coupée pour ne pas montrer la cause de l’émoi russe. Il est a noter que dans le reportage il est dit être utilisé par la presse russe, alors qu’en réalité l’image ne se retrouve que dans un média. L’amalgame accusatoire est à souligner.

 

Yohan Barbereau est arrêté le 11 février 2015, selon lui et son avocat de manière violente, ce que conteste la vidéo de la police russe. Le mois suivant sa femme fuit la Russie avec sa fille (elles se trouvent actuellement à Londres). Le directeur de l’Alliance Française est ensuite libéré sous le contrôle d’un Bracelet électronique. Son procès commence le 10 mai 2016.

Pour se défendre Yoann Barbereau décrit la photo où il est nu avec sa fille comme un selfie raté à la sortie de la douche. Ce qui appela deux remarques de la part du tribunal, si le Selfie est raté pourquoi l’avoir conservé ? La seconde, quel face à face offre à une fillette de 3 ans mesurant en moyenne 0,95 mètre une douche avec son père nu ? Mais ce qui convainquit le tribunal de la « culpabilité » de Yoann Barbereau c’est sa fuite le 11 septembre 2016 en plein procès, qui fut interprétée comme un aveu. Il est fort probable que s’il n’avait pas fuit la justice, il n’aurait écopé que de l’image d’un français « nié kulturnié » au lieu d’être condamné par contumace le 26 décembre 2016 à 15 ans de colonie pénitentier. Dans le reportage, il est bien question de la « dispariton » de Yoann Barbereau mais absolument pas du rôle joué par sa fuite dans sa condamnation. Ni encore moins des nombreux articles russes en faveur de Yoann Barbereau publiés lors du procès à Irkoutz. Alors que dans le reportage de France2, on décrit un français victime d’une police stalinienne, Yoann Barbereau déclare s’être arrangé à l’amiable avec le « sympathique » service d’application des peines d’Irkoutz pour assouplir son régime de semi-liberté !

L’affaire a peu été médiatisée en Russie, avant le retour en France de Yoan Barbereau. Avant cela, elle fut évoquée principalement par des articles de la branche russe de RFI (1 & 2 3 & 4 & 5 ) et des sites ukrainiens anti-russes (1). L’information en Russie au sens strict est principalement reprise par des journaux locaux (1 + 2), seul la Komsomol Pravda en parle au niveau national (3). D’une manière générale la presse russe évoque l’affaire sur un ton neutre et factuel, un seul article à charge a été publié dans un média local d’Irkoutz. Pour ce qui est de la télévision nationale russe seule Ntv, en parle elle aussi de manière neutre et factuelle. Ce qui pourrait paraître surprenant pour une chaîne qualifiée de « pro-Poutine » dans le reportage d’Envoyé Spécial. Ce qui n’est pas dit, c’est que de nombreux sites russes prennent la défense de l’ancien directeur de l’alliance française (1 & 2 & 3).

Le Kompromat repose sur la médiatisation des faits, or il n’y pas de médiatisation de la part de la Russie. Si médiatisation il y a eu c’est par les média français, RFI en tête qui a fait d’un simple fait divers une affaire d’état.

 

Et au vu de la conférence de presse de Yoann Barbereau l’affaire prend plus une tournure d’un règlement de compte entre un citoyen français et son pays. En effet, lors de cette conférence les griefs se portent davantage sur « le trio perdant Hollande, Ayrault, Ripert » selon l’expression de Yoann Barbereau que sur la Russie. La première demande de réparation est un rendez-vous avec le Président Français et la seconde une indemnisation par le Quai d’Orsay. Le Kompromat se retourne donc contre la diplomatie française.

 

Regardons les éléments présentés contre la Russie dans le reportage. Le premier est un article de Konsomol Pravda (KP.ru) décrit dans le reportage comme étant à charge alors qu’il est rédigé en réalité sur un ton neutre.

De plus KP est qualifié de journal d’extrême droite, ce que même Cécile Vassié, jamais avare de propos russophobes n’avait osé, déclarant juste que ce journal « soutient en tout les interprétations géopolitiques du pouvoir russe, et contribue à les répandre dans le grand public ». Mais alors d’où vient cette idée que KP est un journal d’extrême droite ? Certainement d’un exemple cité par Cécile Vassié dans un article du site « Conspiracy Watch », où il était question des propos antisémites tenus par une journaliste du journal russe. Les déclarations d’une journaliste suffiraient-elles à définir la ligne éditoriale d’un journal ? Les propos d’Helen Thomas en 2010 suffiraient-ils pour dire que l’administration Obama était antisémite ? Bien sûr que non, alors pourquoi ceux d’Ouliana Skoïbeda ont-ils suffi à faire de KP un journal d’extrême droite ?…

Il faut une minute pour trouver le lien vers l’article de la KP sur Iandex, via la fonction recherche d’image du site. La référence à l’appartenance à la mouvance d’extrême droite a été trouvée aussi vite via la citation de Cécile Vassié sur Wikipédia. Cela laisse imaginer le travail de recherche qu’a demandé le reportage aux journalistes de France 2.

 

 

Mais le fond du problème ne relève pas du journalisme mais du conflit de civilisation entre deux sociétés ayant une conception différente des mœurs et surtout de la famille. La fin de l’URSS a entraîné 14 ans de chute démographique. Pour pallier à cette catastrophe, contrairement à la France et à l’Allemagne qui ont misé sur l’immigration, la Russie a mis en place une politique familiale. Cette dernière repose sur une aide aux familles très importante (prime de 250.000 roubles pour le second enfant) et une mise en valeur dans la société de la cellule familiale. Par exemple, le 8 juillet 2008, la fête de La famille, de l’amour et de la fidélité a été créée. La même année l’ordre de la « Gloire Parentale » est créé également pour récompenser les familles de plus de quatre enfants exemplaires (chiffre porté à 7 en 2010). Cette politique porte ses fruits car depuis 2014 la population russe croît.

Il est évident qu’une politique familiale s’accompagne de la promotion des bonnes mœurs et de la fidélité conjugale. C’est pour cela que les mœurs dépravés des occidentalistes russes sont dénoncées en Russie et l’enfant mis sur un piédestal.

 

Dans le reportage d’Envoyé Spécial, ce qui est mis en réalité en évidence est le refus de la renaissance de la société traditionnelle russe par des ressortissants étrangers ou par des russes minoritaires ayant comme modèle la société occidentale jugée par les uns progressiste et par les autres décadent. Ce qui est certain, c’est que pendant que les uns se questionnent sur le sexe neutre, les autres favorisent la cellule familiale et la croissance démographique endogène.
La question est alors simplement civilisationnelle, bien au-delà des coucheries du parti Parnas ou des selfies malheureux de Yoann Barbereau et elle se résume à cette question : dans quelle société voulons-nous voir grandir nos enfants ?

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