Une crise politique secoue l’Espagne et menace ce pays d’éclatement, un éclatement qui pourrait s’avérer catastrophique aussi bien pour la péninsule ibérique que pour le reste de l’Europe.

L’illustration catalane.

Le chauvinisme national menace les pays européens hantés par les tentations séparatistes de certaines bourgeoisies régionales non satisfaites du partage des pouvoirs, des responsabilités et surtout des revenus fiscaux établis lors de la création de leur union nationale, particulièrement en ces temps d’austérité où la bourgeoisie locale des provinces riches de l’empire européen se demande pourquoi partager avec les contrées sinistrées par le développement capitaliste inégal.

Selon un expert, la stratégie du grand capital européen serait de détruire les grands États multinationaux afin de renforcer le pouvoir de l’État fédéral bruxellois : « Cela fait des années que l’Europe politique poursuit son rêve d’existence et de puissance. Pour rendre réelle l’existence de cet État européen utopique, il faut évidemment éradiquer les États centraux multinationaux. C’est ce qui est consciencieusement fomenté depuis des années avec ce que l’on appelle la construction européenne ». L’auteur poursuit « Pour détruire les États nationaux, on utilise l’euro, l’immigration, le dumping fiscal et social de même que l’élargissement de l’Union. Petit à petit, à force de traités, la souveraineté des pays a été laminée. Parallèlement, il a toujours existé la volonté de la part de l’Europe de favoriser le séparatisme des grandes régions pour casser définitivement les États nations. (…) Celles et ceux qui sont pour la Catalogne indépendante sont pour le fascisme financier le plus abject, car les pays sont construits sur le principe des ententes de transfert (…) Les riches paient pour les pauvres. C’est la base de tout impôt et de tout système redistributif. Ceux qui défendent l’indépendance de la Catalogne sont les idiots utiles du système totalitaire marchand incarné par Bruxelles » (4).

Tout ceci n’est que sophisme et l’auteur commet nombre d’erreurs d’analyse (les riches ne paient pas pour les pauvres – même Monsieur Arnault n’y croit pas, et les autres milliardaires rigolent depuis leur paradis fiscal des iles anglo-normandes où les États complices ne sont pas pressés de rendre justice). Toutefois, l’auteur met le doigt sur une contradiction importante qui ébranle l’édifice multinational européen malmené par la tempête économique mondiale, crise que l’auteur néglige de considérer.

L’édifice politique européen s’articule à partir des villes, des régions, des États-nations et de la fédération dont les organismes exécutifs siègent à Bruxelles. Tant que l’économie roulait relativement bien – que chacun des niveaux de la chaîne de commandement politique bourgeois pouvait taxer à volonté et s’endetter autant que souhaitez, les factions capitalistes régionales et leurs larbins politiques locaux se satisfaisaient de ces arrangements de gouvernance. Mais la crise économique s’approfondissant de nouveaux arbitrages s’imposent et les factions bourgeoises plus gourmandes, et les petits-bourgeois paupérisés incapables de sanctionner les riches, planqués à l’étranger, crient à l’injustice et s’en prennent aux petits riches (sic). Évidemment, la go-gauche nationaliste et narcissique ne présente pas les choses sous cet angle, son égoïsme lui ferait honte. Elle préfère proclamer le droit du « peuple » catalan à « l’autodétermination et à se libérer » de l’oppression de Madrid. La soi-disant « liberté nationale » se résumant à ne payer de taxes et d’impôts qu’à son État régional fétiche. Le petit-bourgeois, ayant ainsi contribué à délester Barcelone du poids des régions sinistrées, espère que sa part des miettes que le bourgeois catalan laissera tomber de sa table sera plus grande pour lui. Il se leurre le petit-bourgeois catalan en oubliant que son premier oppresseur c’est le grand capitaliste de Barcelone. De plus, la crise économique systémique s’approfondissant, l’austérité viendra le trouver jusque dans son repère de Méditerranée. Incidemment, le petit-bourgeois catalan de la gauche d’avant-garde (sic) s’est-il demandé pourquoi les prolétaires catalans ne participent pas aux parades et aux démonstrations nationalistes des comarques ? C’est que l’ouvrier se rappelle des tueries de 1936-1939 quand il a servi de chair à canon sur le front au moment de la retirada. Il est également intéressant de constater ce que le grand capital fait de l’utopique « démocratie des riches » quand la fumisterie le discrédite. Le prolétariat participant de moins en moins à ces mascarades électorales n’a aucun intérêt à sacrifier sa vie pour sauvegarder cette fumisterie. Que la petite-bourgeoisie, éprise de « démocratie des riches » se sacrifie pour le salut de la patrie si elle en a envie.

 

LA DEUXIÈME PARTIE DE L’ARTICLE EST DISPONIBLE SUR LE WEBMAGAZINE http://www.les7duquebec.com/7-au-front/la-revolution-doctobre-et-les-luttes-de-liberation-nationale-le-droit-du-peuple-catalan-2e-partie/

 

La nouvelle structure de gouvernance impérialiste.

L’État dans son organisation n’est jamais que le reflet de la structuration politique du pouvoir économique. Sous l’Union européenne transnationale, l’État national s’estompe parce que le grand capital mondial, qui domine aussi bien les bourgeoisies supranationales, nationales, régionales, que municipales, veut construire une confédération d’États européens interdépendants, constitués d’un État confédéral, chapeautant des États nationaux interdépendants, rassemblant eux-mêmes des régions au sein de chaque nation fédérative (catalan, aragonais, basque, breton, corse, sicilien, napolitain, lombard, flamand, wallon, anglais, écossais, gallois, etc.). Ce projet politique confédéral est mis de l’avant par les laquais politiques au service des patrons du grand capital mondialisé dans sa concurrence contre les autres alliances impérialistes. À capital mondialisé doit correspondre l’État capitaliste intégré et globalisé.

Effectivement, au niveau confédéral – ou supra national – les particularismes nationaux sont une entrave à l’unification, à charge pour les marionnettes politiques nationales d’en prendre charge et de les niveler ou de les évacuer vers le niveau régional où les bourgeoisies régionales se satisferont des miettes qui leur restent. Et voici que la « bourgeoisie nationaliste catalane » plastronne afin d’obtenir une plus grande part de la tarte fiscale. Sous prétexte que Che Guevara et Lénine ont appelé à la pseudo « autodétermination » des bourgeoisies nationalistes chauvines, le prolétariat catalan, de multiples origines, devrait se liguer pour obtenir le privilège de payer plus de taxes à Barcelone qu’à Madrid ? Jusqu’à reprendre la guerre civile au cri de « Viva la muerte » en l’honneur du « présidente » Puigdemont planqué à Bruxelles. Les prolétaires madrilènes devraient eux se mobiliser pour que ce soit les capitalistes madrilènes et le « présidente » Rajoy qui obtiennent l’avantage fiscal ?

 

L’opportunisme de la bourgeoisie catalane.

En octobre 2017, profitant de la conjoncture politique favorable, engendrer par la conjoncture économique défavorable, la faction catalane du grand capital espagnol, après celle de l’Écosse, mais avant celle de Flandre, du Pays basque et du Piedmont italien, appela la populace locale à entonner l’hymne Els Segadors bien connu des nationalistes républicains chauvins qui ont fait tant de mal aux prolétaires chair à canon dans l’Espagne des tranchées, des blindés, de la guerre civile et du génocide. Ils espéraient ainsi, après avoir brocardé Madrid, renégocier le pacte de partage de la cagnotte fiscale en prenant des airs de « libérateurs » ces fraudeurs voraces, tout aussi pugnaces que ceux d’en face. Massivement, le prolétariat catalan conscient refusa de participer à cette mascarade référendaire, signifiant ainsi que cette fois il ne verserait pas son sang pour les courtisans du capital. 

La question est tranchée, les luttes nationalistes chauvines n’apportent que la haine, la mort, le désespoir dans les foyers ouvriers divisés, mais jamais le travail, la prospérité, ni la liberté de classe aussi loin que le regard puisse porter au-delà des frontières du ghetto national. La classe ouvrière n’a pas de patrie et la Terre est son univers de survie. À bas le nationalisme chauvin, vive l’internationalisme prolétarien.

 

ANNEXE

 

LA PREMIÈRE PARTIE DE CET ARTICLE EST DISPONIBLE SUR LE WEBMAGAZINE http://www.les7duquebec.com/7-au-front/la-lutte-de-liberation-nationale-catalane-le-droit-du-peuple-catalan-a-disposer-de-lui-meme/

 

NOTES

  1. Bruno Guigue (2017). L’étincelle d’octobre IIhttps://www.legrandsoir.info/1917-2017-ii-l-etincelle-d-octobre.html
  2. Samir Amin (2017). « Révolution d’octobre et mouvements de libération nationale » https://vimeo.com/239809567?from=outro-embed
  3. Robert Bibeau (2017). Question nationale et révolution prolétarienne sous l’impérialisme moderne. L’Harmattan. https://www.amazon.ca/Question-nationale-r%C3%A9volution-prol%C3%A9tarienne-limp%C3%A9rialis/dp/2343114749/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1496234995&sr=8-1&keywords=Robert+Bibeau
  4. https://www.legrandsoir.info/1917-2017-ii-l-etincelle-d-octobre.html

 

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