La croissance, ce n’est ni bien ni mal. Il s’agit juste d’une mesure de la valeur ajoutée vendue sur une année. De nombreux facteurs peuvent contribuer à la croissance. D’un côté des hausses d’activités qu’on est en droit de vouloir éviter : la surconsommation, l’obsolescence programmée ou la reconstruction après une catastrophe naturelle. De l’autre la monétisation de la société avec la fin de l’entraide, des associations ou du service publics. Pourtant la croissance est vantée comme le bien absolu, la solution à notre recherche du bonheur. La croissance sert bien réellement quelques individus. D’une part les banques qui contrôlent la monnaie et vivent de sa mise en circulation. D’autre part les idéologues du libéralisme qui considèrent que seul le marché est juste. C’est à dire que toute décision, action doit se faire par un achat de la part d’un individu. Pour eux, le mérite de chacun se mesure par sa capacité à avoir de l’argent. Faire la promotion de la croissance revient finalement à faire le jeu des banquiers et des libéraux (qui bien souvent sont les mêmes).

Les politiques ou technocrates promettent de faire de la croissance. La croissance est devenue un but, c’est comme une bonne note ou un score qu’il faut améliorer pour être le meilleur.

 

Que se cache-t-il réellement derrière la croissance ? Est-ce que tout ce qui améliore ce score est vraiment une bonne solution ?

 

La croissance c’est quoi ?

 

Pour expliquer la croissance, commençons par la valeur ajoutée grâce à l’exemple du boulanger. Pour faire du pain, il s’achète de la farine et paye l’électricité pour son four. Il vend son pain 1€, il consomme 30 centimes de farine et 15 centimes d’électricité pour le produire, la valeur ajoutée de son pain c’est 1€ – (30 centimes + 15 centimes) = 55 centimes.

Faites ce même calcul pour tous les produits vendus en France sur an et vous obtenez le produit intérieur brut (PIB).

La croissance c’est juste l’augmentation du Produit Intérieur Brut (PIB).

Ainsi si en 2018 en France on produit plus et qu’on vend plus qu‘en 2017 alors on dit qu’il y a de la croissance.

Réciproquement, vous entendez beaucoup le raccourci de dire que la croissance c’est le signe que l’économie va « mieux ». C’est faux et ça amène des raisonnements absurdes.

En effet, si l’on constate de la croissance, ça n’est pas forcément parce qu’il y a plus d’activité ni plus de produits à se partager. De nombreux autres facteurs font de la croissance. Certains politiques, pseudo-économistes ou experts veulent tout faire pour obtenir de la croissance sans se soucier de ce qu’il se passe vraiment.

 

La croissance par la destruction

Le moyen le plus simple de faire de la croissance, c’est de détruire ce qu’on a pour reconstruire derrière. Après une tempête ou un tsunami, il suffit d’attendre quelques semaines pour vois fleurir le mot « opportunité ». L’activité générée par la reconstruction va entraîner un pic de croissance. C’est de l’activité « en plus », non prévue dans l’économie habituelle. Doit-on pour autant la qualifier de « bonne chose » ? Si c’est le cas, pourquoi ne pas détruire et reconstruire en permanence ? Probablement parce que c’est plus proche du gaspillage d’énergie, de travail humain et de ressource qu’une réelle avancée.

L’obsolescence programmée correspond au même principe (enfin sans les personnes tuées ou déplacées). Il s’agit de forcer les humains à racheter (et donc à produire) les produits dont ils disposent déjà mais dont on s’arrange pour qu’ils lâchent ou qu’ils ne soient plus compatibles avec les autres.

 

La croissance par la fin de l’entraide

Si vous faites le jardin de votre voisin et que lui répare votre voiture, personne ne créé de valeur ajoutée. Par contre si vous faites payer 20€ votre voisin pour vos services et qu’il vous fait payer 20€ pour les siens, vous venez de créer 40€ de valeur ajoutée.

La deuxième situation est-elle vraiment meilleure que la première ? Vouloir favoriser les transferts d’argent plutôt que la cohésion humaine c’est un choix de société et pas une pure question économique. Dans ce cas, dire que la croissance c’est « bien » revient à dire qu’il faut passer aux échanges payants. C’est vraiment ce que vous voulez ?

 

La croissance par la la fin des associations

Les associations créent du lien social, mettent en œuvre des activités mais avec très peu de vente au final. Elles ne font donc pas de valeur ajoutée. Par exemple, une amicale de coureurs qui organise un 10km ne participe pas au PIB. Au contraire, dans un événement du type jeux Olympiques, les sponsors achètent des droits publicitaires et les spectateurs achètent des places. Dans les 2 cas des gens se mettent sur la ligne de départ et atteignent une ligne d’arrivée 10 km plus loin. Pourtant le premier ne participe pas au PIB et donc à la croissance alors que le deuxième si.La circulation d’argent n’amène pas un « mieux » ni pour les coureurs, ni pour les citoyens en général, c’est un choix. Dans ce cas, faire de la croissance c’est bannir l’association et la gratuité pour la remplacer par un fonctionnement privé et payant.

C’est bien une politique affichée d’essayer de marchandiser le sport. Le gouvernement incite fiscalement des entrepreneurs à ouvrir des salles payantes plutôt que proposer des dotations aux communes pour construire et entretenir des équipements sportifs gratuits à destination des citoyens. Encore une fois ça n’est pas « mieux », c’est un choix idéologique. La croissance générée n’a aucun rapport avec un « mieux » social. Vous remarquerez que par principe, dans une salle payante, ceux qui ne peuvent pas payer sont exclus.

 

On peut faire exactement le même raisonnement avec les services publics gratuits. Dès que ces services deviennent payants, le PIB augmente et on obtient de la croissance. Dégrader l’école publique pour que les riches se dirigent vers des écoles payantes ça fait aussi de la croissance mais en tant que républicain on a tout à fait le droit d’être contre cette croissance là.

 

Les banques veulent de la croissance

La croissance finalement c’est juste plus d’argent qui circule, parfois parce qu’on produit plus, parfois parce qu’on paye pour des choses qu’avant on ne payait pas. S’il y a plus d’argent à circuler d’où vient-il ? Une seule réponse possible : d’une banque.

Une banque privée est le seul organisme qui peut mettre de l’argent en circulation en proposant un emprunt. S’il y a plus d’argent c’est forcément que quelqu’un est allé dans une banque pour demander de l’argent. En contrepartie, la banque a enregistré une dette et demande un remboursement différé avec des intérêts. Mettre toujours plus d’argent en circulation c’est le fond de commerce des banques. Plus il y a d’argent en circulation, plus elles gagnent d’intérêts et plus leur emprise sur la société est grande.

 

Le gouvernement libéral veut de la croissance

Le gouvernement libéral veut gagner son argent à partir de la Taxe sur la Valeur Ajoutée (T.V.A.), donc pour que les recettes augmentent, il faut de la croissance. Il préfère une taxe qui touche tout le monde sans distinction à l’impôt, qui est progressif. En complète contradiction avec les valeurs françaises, il refuse que le riche contribue plus au fonctionnement de la société que le pauvre. Il considère la richesse monétaire comme la preuve du mérite de chacun et donc que l’impôt est une violence sur le citoyen.

Le gouvernement est également confronté à une dette structurelle (explication ici). Il veut minimiser le poids de la dette pour rentrer dans les clous de Bruxelles. La solution la plus simple n’est pas de rembourser mais de faire que les anciens emprunts d’État soient ridicules par rapport au PIB actuel. Avant on laissait l’inflation faire le travail, la monnaie se dévaluait et les vieux emprunts finissaient par être insignifiants. Sauf que la Banque Central Européenne refuse qu’il y ait de l’inflation. Il ne reste plus qu’à augmenter le PIB en faisant de la croissance.

 

La croissance ça n’est ni bien ni mal pour l’ensemble des citoyens. On peut faire du pire avec de la croissance et faire du mieux avec de la décroissance, tout dépend ce que l’on cherche. Mettre dans la tête des gens que la croissance est nécessaire ne sert qu’un tout petit nombre d’individus : des banquiers et des technocrates libéraux de l’État ou de l’Europe (qui bien souvent sont les mêmes).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *