Les américains ont inventé dernièrement les détecteurs de « faux pas littéraires », des groupes de lecteurs chargés d’expurger les bibliothèques publiques et scolaires de toute trace de supposés sexisme, racisme, homophobie, transphobie et autres phobies que les auteurs pourraient mettre dans leurs écrits (voir à ce lien). C’est pour le bien de tous comme ils disent, pour la protection des enfants comme ils disent, pour leur éducation citoyenne. Cela implique l’idée d’une littérature qui n’aurait que pour seul rôle d’inciter les lecteurs à une sorte de « positive attitude » permanente, mièvre et superficielle, l’encourageant à accepter le système tel qu’il est sans se poser plus de questions.

 

Dostoïevski sera ainsi à l’index très vite, ou tous les tragédiens qui présentent tous des personnages d’une endogamie sociale déplorable il faut bien dire…

Bien entendu, il est préconisé d’acheter de ces livres « citoyens », « civiques » « écoresponsables » et ceux rédigés en écriture inclusive. Bref c’est un déni total et absolu de ce qu’est la Littérature, de ce qu’elle peut apporter ainsi qu’une infantilisation des lecteurs réputés incapables de faire la part des choses entre les opinions de l’auteur, celles de ses personnages et les siennes propres.

 

Je suis convaincu également que les promoteurs de cette littérature sont aussi des ignorants, des incultes se vengeant en quelque sorte de leur inappétence à la culture…

 

Il y en aura qui craindront que cela n’arrive en France, que cela se concrétise chez nous. Et malheureusement sur ces questions des « faux pas littéraires » nous sommes largement en avance sur les États-Unis pour une fois. Il n’y a même pas besoin de groupes de détection de quoi que ce soit. Il n’y a pas besoin de ligues de vertu, d’incitation de groupes de pression religieux…

 

La plupart des bibliothécaires sont incités à vider les rayons des livres n’intéressant pas, selon la formule hypocrite, les lecteurs modernes. Il faut parler de « diversité » d’égalité des sexes, il faut que ce soit automatiquement militant…

 

…Une nouvelle traduction réputée expurgée de toute censure du « portrait de Dorian Gray » fait de Wilde un militant LGBT acharné. Je doute qu’Oscar ait été satisfait de ce point de vue, lui le dandy magnifique.

 

On retire « Lolita » des étagères, on reproche au roman de Nabokov d’exalter la pédophilie et de regorger de scènes de sexe transgressives, on se débarrasse de tous les auteurs réputés collaborationnistes, souvent un simple soupçon suffit…

 

…Il prend très vite la forme d’une anathème caractérisée.

 

En ce moment, c’est Audiard qui est sur la sellette, il écrivait dans des feuilles « collabos », il ne manifestait pas un enthousiasme débordant pour l’Épuration, il était forcément « collabo » (voir cet article de « Le Monde »). Il n’y a pas un seul de ces glorieux journalistes pour se dire qu’un auteur ne vit pas d’amour et d’eau fraîche et qu’il fallait bien vivre encore un peu pendant la Seconde Guerre. Et tous ces cloportes ne pouvaient pas rater l’occasion en or de taper sur un auteur les indisposant par son insolence à leur égard.

 

Un jour même ils en viendront à vider les bibliothèques de tout livres, ne les meublant que d’ordinateurs et de tablettes numériques. C’est déjà en cours, cela s’appelle ironiquement les CCC, les centre de culture et de connaissance….

 

Cela se passe sous vos yeux et la plupart d’entre vous ne protestera que quand il sera trop tard car hélas déjà beaucoup parmi nous n’ouvrent plus jamais de livres…

 

Cela ne m’empêchera de continuer à lire ce que j’entends, à essayer de transmettre mon amour de la littérature jusqu’à ce que la chape de plomb retombe un jour, et quand elle retombera, peut-être brûlerais-je avec ma bibliothèque ?

 

Sic Transit Gloria Mundi,

Amaury – Grandgil

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