Que restera-t-il du service public et de nos protections sociales à l’issue du mandat d’Emmanuel Macron ? L’avenir nous le dira. Toujours est-il que les absentionnistes sont en grande partie responsables de sa victoire au 1er tour de la dernière Présidentielle, et donc mécaniquement de son élection face à une Marine Le Pen dont la présence au second tour semblait acquise… Il n’est pas trop tard pour se faire entendre pacifiquement face à un Président qui avait annoncé qu’il agirait par ordonnances, comme lui autorise une Constitution obsolète.

« Il faut laisser Macron travailler cinq ans. On l’a élu pour cette durée et on le jugera ensuite. » Qui n’a jamais entendu un de ses proches tenir de tels propos. Cet ami ne se revendique pas macroniste car à l’heure où trois milliards d’euros d’exonérations fiscales vont concernés les plus riches, il devient compliqué de se revendiquer proche de La République En Marche lorsqu’on porte sincèrement des valeurs de gauche. Baisse des APL, amendement de la majorité qui réduit de 10% les prélèvements sur les stock-options, suppression des contrats aidés essentiels dans les Régions les moins nanties pour les missions sanitaires, culturels et éducatives (entre autres), etc. Pour autant, ne comptez pas sur moi pour cracher sur ce proche, car Macron a le mérite de mettre en place ce qu’il a dit. C’est rare et mérite, sur ce point, le respect.

Comme tous les républicains laïcs dignes de ce nom, j’ai voté au second tour de la Présidentielle avec regret pour l’ex-secrétaire général adjoint de l’Elysée devenu ministre de l’Economie anti-keynésien de François Hollande élu en 2012 sur des promesses socialistes rarement mises en place. Entre un cancer qui peut connaître une rémission et la peste lepéniste, le choix paraissait évident au printemps 2017.

Contrairement à ce que prône Mélenchon, Macron n’a pas établi de « coup d’Etat social ». Sa destruction méthodique des services publics se révélait patente dans son programme. « Les Marcheurs » et ses électeurs du premier tour ont accepté l’individualisme à venir en termes de protection sociale, logement, sécurité, productions énergétiques et, je crains si Macron est élu pour un second mandat, d’universités laissées volontairement en état de déliquescence au profit des écoles privées. Dire qu’il suffisait de lire en diagonale le programme d’un homme proche des lobbies pour comprendre la casse de services publics construits depuis des décennies. L’unique moyen de contrer cette société du chacun pour soi était donc d’aller voter au premier tour. Les 22,23% d’absentionnistes n’ont aucune excuse. Aucune. Interrogeons-nous encore plus les incohérents qui se sont déplacés aux urnes pour la Présidentielle et non aux législatives. Si l’Education nationale insistait sur le rôle important du Parlement au collège ou lycée, nos proches de gauche relativiseraient sur le fait d’attendre la fin du mandat présidentielle pour réagir face à ce qui nous attend. Des dictatures naissent d’élections, même si dans le cas de Macron, ce n’est évidemment pas envisageable. Un peu de sérieux.

Il est tout à l’honneur de cet ex-banquier d’agir comme annoncé. Gouverner, c’est choisir. Dont acte. Sauf qu’il serait bon de rappeler au locataire de l’Elysée qu’un Parlement fort s’avère être essentiel dans une démocratie pure. L’Assemblée nationale doit rester l’espace de représentatitivé de nos territoires à l’échelle nationale afin de défendre une vision politique commune malgré des différences. Ce n’est pas rien. Abstentionnistes, vous êtes donc la caution de la casse de nos services publics et du principe visant l’égalité des chances. En laissant remporter le premier tour de la Présidentielle à un homme obnibulé par l’argent plutôt que par l’intérêt commun, c’était l’assurance d’une politique ultralibérale. Emmanuel Macron n’a-t-il pas prévenu haut et fort qu’il aurait recours à une pratique allant à l’encontre du débat démocratique – mais inscrite dans notre Constitution partiellement obsolète – pour détruire le code du travail existant ? Ne venez pas vous plaindre si les ordonnances sont aujourd’hui réelles.

Plutôt que râler dans votre salon ou sur Twitter, agissez pacifiquement pour vous faire entendre du pouvoir. Organisez-vous pour ne plus récolter à la prochaine élection les miettes quand, eux, se gavent de pain. La grève n’est pas la seule solution, surtout quand nos conditions de vie et de revenus se dégradent. Prenez un tabouret, installez-vous devant un lieu public devenu le triste symbole du gouvernement Philippe. Autrement dit, un espace dont le financement se réduira petit à petit d’ici 2022 (un hôpital public, un lieu ressource où un contrat aidé va disparaître, la CAF…) et faites-vous entendre. Exprimez-vous sans haine mais avec conviction en une minute maximum !

Rien ne remplacera l’isoloir, incarnation singulière du pouvoir d’expression démocratique. Cela étant, si mon Président use d’une pratique – les ordonnances – que je juge liberticide car allant à l’encontre d’une logique parlementaire centrée sur le dialogue, je ne vois pas pourquoi la majorité d’entre nous ne pourrait pas s’exprimer sur l’espace public dans le respect de l’autre. Plutôt que pester un concept infondé de « coup d’Etat social », les citoyen(e)s éclairés ou engagés n’ont qu’à interpeller avec des arguments réfléchis ceux qui n’ont plus le temps de penser, car trop souvent précarisés et donc concentrés sur la survie du bien-être de leur famille.

A vos idées pour interpeller le Président d’une République qui doit garder à l’esprit sa devise, malheureusement de plus en plus éloignée de l’exercice du pouvoir.

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