Depuis le début du conflit, l’armée ukrainienne a pris pour cible, à de nombreuses reprises, les postes d’observation de la MSS de l’OSCE et du Centre Conjoint de Contrôle et de Coordination du cessez-le-feu (CCCC).

Ces deux organisations sont là pour enregistrer les violations du cessez-le-feu et rapporter ces violations, afin « normalement » d’aider à faire respecter la trêve (ça c’est la théorie, et c’est pour ça que des fois on aimerait bien vivre en théorie, parce qu’en pratique cela ne change pas grand-chose).

Leurs postes d’observations sont répartis un peu partout des deux côtés de la ligne de front, et les positions de ces postes sont communiquées aux différentes armées présentes (Ukraine, RPD et RPL) afin justement d’éviter qu’ils ne soient touchés par des tirs, par « erreur ».

Les deux parties du conflit ont, en principe, interdiction de prendre les observateurs du CCCC, comme ceux de l’OSCE, pour cible. Cela fait partie des accords de Minsk et du paquet de mesures permettant leur mise en œuvre.

Mais depuis un mois, les tirs délibérés de l’armée ukrainienne contre ces postes d’observation du CCCC se sont multipliés, obligeant à chaque fois les observateurs à se réfugier dans l’abri anti-bombardements le plus proche, et les empêchant ainsi de comptabiliser les bombardements de l’armée ukrainienne.

Si durant les mois d’août et de septembre, les postes d’observation du CCCC ont été pris pour cible par l’armée ukrainienne 14 fois, le chiffre compilé au 28 octobre faisait état de 23 tirs en trois mois, auxquels il faut rajouter les bombardements qui ont eu lieu sur le poste d’observation d’Alexandrovka le 29 octobre, et sur celui de Sakhanka hier (31 octobre), soit un total de 25 tirs de l’armée ukrainienne sur les postes d’observation du CCCC en trois mois.

Cela nous fait, rien que pour le mois d’octobre, 11 tirs contre les observateurs du CCCC. Soit un tir tous les deux à trois jours ! Impossible pour l’armée ukrainienne de prétendre qu’elle a touché ces postes d’observation par erreur alors que leurs positions sont connues. Avec presque trois tirs par semaine sur l’un ou l’autre poste d’observation, on voit bien le côté délibéré de la chose.

D’ailleurs pour celui d’hier, l’armée ukrainienne n’y est pas allée de main morte, en tirant pas moins de 66 projectiles de gros calibre (22 obus de mortier de 120 mm et 44 obus d’artillerie de 122 mm) sur la zone du poste d’observation du CCCC situé à Sakhanka (dans le Sud de la République Populaire de Donetsk), obligeant l’ensemble des observateurs du CCCC à aller trouver refuge dans l’abri anti-bombardements.

Les tirs ont commencé dès 17 h 30 en provenance de la localité de Lebedinskoye, puis à 18 h 20 les tirs ont changé d’origine, et venaient alors de Talakovka.

Carte des bombardements de l'armée ukrainienne

Ces bombardements répétés des postes d’observation du CCCC se doublent d’une volonté manifeste de saboter jusqu’au bout le travail du centre conjoint.

Ainsi, Rouslan Yakoubov, chef du bureau représentatif de la RPD auprès du CCCC, a déclaré que les officiers ukrainiens du CCCC ne comptabilisent pas correctement le nombre de bombardements, aboutissant à des impasses lors des réunions de négociation à Minsk.

« Le nombre de violations de la trêve académique par la partie ukrainienne, tel qu’annoncé par les représentants de l’Ukraine à Minsk, non seulement ne coïncide pas avec nos données, mais il ne coïncide pas non plus avec les données de la MSS de l’OSCE, » a ainsi déclaré Yakoubov.

Cette situation serait due, selon lui, aux rapports incorrects établis par les représentants ukrainiens au sein du CCCC.

« Cela ne peut être expliqué que par le fait que l’information des représentants ukrainiens [à Minsk] est basée sur les données de la partie ukrainienne au sein du CCCC, qui maintient depuis longtemps des registres et des listes journalières séparésLa partie ukrainienne n’enregistre presque jamais les violations de sa part, commentant les bombardements de la RPD et les morts d’habitants comme étant des auto-bombardements [accusation récurrente disant que l’armée de la RPD bombarde elle-même son propre territoire] ou des explosions visant à simuler un bombardement. Cette position des représentants ukrainiens rend également difficile de négocier un cessez-le-feu durable, » a-t-il déclaré.

Comme on peut le voir, Kiev ne souhaite pas réellement appliquer le cessez-le-feu qui lui est imposé par les accords de Minsk, et est prête à tout pour empêcher les instances chargées de le faire respecter de faire leur travail. Soit en les empêchant physiquement de le faire en leur tirant dessus, soit en falsifiant une partie des données recueillies.

Or le cessez-le-feu est le premier point des accords de Minsk. Si celui-ci n’est pas respecté, le reste des mesures prévues ne peut être mis en œuvre. Et alors que c’est Kiev qui sabote de manière ouverte la mise en application des accords de Minsk, c’est la Russie qui est punie par des sanctions pour un échec dont elle n’est absolument pas responsable.

Christelle Néant

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