Parlez-vous Macron ?

Macron parle riche en plusieurs langues.

Pendant sa campagne électorale, Emmanuel Macron va à Berlin, l’usage voudrait que je parle en Français (1) dit-il : il choisit l’anglais pour s’adresser aux Français et aux Allemands qui ne comprennent, évidemment, ni le français, ni l’allemand mais, bien sûr, comprennent tous l’anglais. C’est normal, c’est moderne, il n’y a pas de culture française, ce n’est pas très gaullien : autres gens, autres mœurs.
Mais s’adressait-il seulement aux Français et aux Allemands ? A quels Français, à quels Allemands ?

Soyons clair. Lors de ses voyages à Londres préparatoires à sa campagne, il a surtout parlé libéral, teinté de demande de soutien financier.
Le lieu, les sujets, les interlocuteurs se prêtaient bien à l’utilisation de l’anglais.

Dans nombre de discours officiels ou d’entretiens, le président Macron dont personne, notamment parmi ses amis de classe, ne nie les connaissances, tient cependant à les montrer. Il utilise alors des locutions latines ou des mots désuets. Les auditeurs ou les lecteurs consultent le dictionnaire ou leurs journaux ou les ignorent tout simplement.
Mais ces mots rejoignent une certaine tradition présidentielle où la chien-lit, le quarteron, le machin ou abracadabrantesque et même le cabri les ont précédés. Autant de clins d’œil (2)
Ils posent le personnage.

Emmanuel Macron parle aussi la langue de l’entreprise privée : déjà présente dans les entreprises publiques, elle fait son entrée au gouvernement et dans sonorganisation politique, truffée des anglicismes de circonstance : benchmark, bottom up, bullish, disrupt, draft, processé (!)staffer (!), start-up politique, start-up nation, top down… Langue mais aussi pensée et valeurs. La politique n’est plus démocratique, même dans ses intentions, le peuple élisant ses représentants, mais technocratique : le chef choisit des experts (3) pour ses équipes, l’Assemblée nationale ou pour son organisation et même des référents départementaux.
Certains parlent de présidence jupitérienne, d’autres de président-PDG (,4).

Parlez-vous Macron ?

La langue qui ne ment pas, celle des actes. Les premières mesures permettent de comprendre rapidement qui est premier de cordée et premier de corvée : adoption par ordonnances des lois sur le travail, suppression de l’ISF,prélèvement forfaitaire unique de 30% (PFU ou flat tax), suppression des aides personnalisées au logement (APL), diminution des emplois aidés, augmentation immédiate de la CSG, compensée plus tard…..

 

Les intéressés comprennent parfaitement cette langue.

En même temps, Emmanuel Macron et son entourage n’hésitent pas à affirmer que le président parle vrai (cash dans la langue technico-financière), parle peuple.Mais certaines paroles font grincer les dents, y compris celles de l’entourage quifait ensuite dans l’explication de texte ou du contexte…
Ces paroles ne constituent pas des écarts, des dérapages mais s’adressent à despopulations ciblées : est-ce qu’il n’y a pas de nombreux Français qui pensent cela ? (5
Peu importe la forme. Mais ce qu’il a dit a été entendu par les destinataires.Comme dans ces procès aux États-Unis où un avocat tient un propos inacceptable,objection votre honneur, rejeté par le juge mais les jurés ont bien comprisl’insinuation.

 

Parlez-vous Macron ?

Ainsi, il peut parler cash de certains quiau lieu de foutre le bordel, feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas, parce qu’il y en a qui ont les qualifications pour le faire et ce n’est pas loin de chez eux ; il affirme ne rien vouloir céder aux fainéants, aux cyniques et aux extrêmes (6), ni auxpressions, quelles qu’elles soient, en particulier lorsqu’elles n’ont pas la légitimité démocratique (7)le Medef ? les syndicats ?

Parlez-vous Macron ?

Emmanuel Macron ne manque pas de rendre hommage aux premiers de cordée, aux jeunes, futurs premiers de cordée, qui ont envie de devenir milliardaire, parce que l’économie du Net est une économie de superstars,(8), à l’entrepreneur ont la vie est bien souvent plus dure que celle d’un salarié. Il ne faut jamais l’oublier. Il peut tout perdre, lui, et il a moins de garanties (a expliqué le ministre (9).

Maintenant, le président demande aux Guyanais de ne pas le confondre avec le père Noël, il est déjà passé pour certains avec les réductions d’impôts ! 
Cependant, il affirme clairement  : Je n’aime pas le cynisme, parfois, de celles et ceux qui réussissent, et qui se replient dans un égoïsme où le seul but de la vie serait de cumuler de l’argent. Ils doivent donc aussi s’engager dans la société, en créant de l’emploi, de l’activité. Mais les suppressions d’impôts ne sont conditionnées par aucune contrainte, aucune obligation d’investissement dans l’économie réelle. Et il n’aime pas la jalousie qui consiste à dire, ceux qui réussissent, on va les taxer, les massacrer, parce qu’on ne les aime pas (10).
Emmanuel Macron est généreux et protecteur pour les minorités !

Mais que ça plaise ou non, les propos d’Emmanuel Macron et de ses amis suintent le mépris.

Ici, c’est probablement l’inconscient qui parle : Je ne veux pas que le moindre des Français puisse penser que Le moindre des Français. Non, je ne veux pas qu’un seul Français puisse penser que… Mais non. Le moindre des Français. Il y a des Français majuscules, et des Français moindres, tout au bout de la cordée, comme l’explique Daniel Schneidermann (11)

Du même mauvais goût  : Une gare, c’est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien (12), non des Français qui n’ont rien, qui n’ont pas une montre de luxe à 50 ans (13), les sans-dent comme aurait dit son prédécesseur. Ils n’ont rien donc ils ne sont rien !

Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, ne dit pas autre chose : Je crois qu’on peut être cultivé et parler comme les Français (14) qui eux, bien sûr, ne sont pas cultivés..

Il est certain qu’Emmanuel Macron aime et estime l’ensemble de (ses)concitoyensPas tous de la même façon. Pas certains chômeurs. Il faut qu’on s’assure qu’il cherche, et que ce n’est pas un multirécidiviste du refus.Multirécidiviste, terme employé, habituellement, pour les délinquants. Non à ceux qui fraudent l’impôt, placent leur argent dans les paradis fiscaux…
Il ne doit pas aimer beaucoup, ces ploucs de Bretonspropos géo-culturel pourJean-Yves Le Drian qui voit même là un compliment en fait  !
Ni celui qui avec le kwassa-kwassa, à ­Mayotte, pêche peu mais amène du (sic)Comorien.
Ni les employées cet abattoir de Gad dont, maladresse d’un ministre débutant, il a parlé : cet abattoir. Il y a dans cette société une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées (14)

Le ministre, le candidat, le président Macron parle différentes langues qui disent la même chose mais à des publics différents. Certains sont du bon côté, il y a peu à leur dire. Les mesures suffisent.
Pour les autres. Il faut les convaincre. Leur faire comprendre qu’on n’a pas besoin de leur avis. Que les experts sont au travail. Modernes. Efficaces. Qu’il ne faut pas être solidaires des fainéants de ceux qui sèment le bordel, de ceux qui refusent les réformes, une petite musique qui pourrait être appelée, poujadisme ou populisme du centre !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *