« Votre Majesté sérénissime et Vos Seigneuries m’ont demandé une réponse simple. La voici sans détour et sans artifice. À moins qu’on ne me convainque de mon erreur par des attestations des Écritures ou par des raisons évidentes, car je ne crois ni au pape ni aux conciles seuls puisqu’il est évident qu’ils se sont souvent trompés et contredits, je suis lié par les textes des Écritures que j’ai cités, et ma conscience est captive de la Parole de Dieu ; je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il n’est ni sûr, ni honnête d’agir contre sa propre conscience. Me voici donc en ce jour. Je ne puis faire autrement. Que Dieu me vienne en aide. Amen. » (Luther à Charles-Quint le 19 avril 1521 à Worms).

Il est des dates symboliques et ce mardi 31 octobre 2017 l’est particulièrement : il y a cinq cents ans, le moine catholique Martin Luther publia un document appelé ses « 95 thèses » qui se voulait la base d’une longue discussion théologique entre intellectuels et religieux (une « dispute théologique »). À l’époque, il n’y avait pas de télévision, ni de presse, ni de radio, ni d’Internet bien sûr, et le débat public se faisait beaucoup plus lentement dans les salons et les cours, avec un seul vecteur, l’imprimerie.

Cette date marque le début de la Réforme protestante. Curieusement, le pape François, car ardent défenseur de l’œcuménisme (dialogue entre les différents courants du christianisme), a participé à la première cérémonie de ce demi-millénaire qui a eu lieu le 31 octobre 2016 à la cathédrale de Lund, en Suède. Cette participation était la conclusion d’une étude commune rapportée en 2013 sur le thème : « Du conflit à la communion : commémoration commune luthérano-catholique de la Réforme en 2017 ». Le patriarche (orthodoxe) de Constantinople Bartholomé Ier s’est, lui aussi, déplacé pour cette commémoration en Allemagne, le 29 mai 2017 à Wittenberg et à Tübingen. Ce déplacement rappelait que les luthériens avaient engagé un dialogue constructif avec les orthodoxes dès 1573.

Avec le recul historique de tous ces siècles, les guerres de religions très meurtrières entre catholiques et protestants qui ne furent réglées, en France, que par la loi du 9 décembre 1905 sur la laïcité, principe de neutralité religieuse adoptée par l’État républicain, mais aussi les révolutions industrielles qui ont donné un avantage marchand aux nations majoritairement protestantes sur les catholiques, on pourrait comprendre la distinction religieuse et économique de ces deux courants chrétiens. Et pourtant, on pourrait presque dire qu’en cinq siècles, l’Église catholique s’est, elle aussi, profondément « réformée ».

La lecture des « 95 thèses » de Luther est assez fastidieuse et elles semblent parfois très archaïques. Pas les thèses elles-mêmes, mais les sujets. Beaucoup d’elles évoquent les « indulgences » qui étaient souvent l’objet de trafics pas très « catholiques » qui maintenaient certains religieux dans un pouvoir temporel qui n’était pas le leur et n’aurait jamais dû être le leur. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si la Suisse a accueilli favorablement les premiers protestants, car ce commerce des indulgences faisait sortir beaucoup d’argent de ce pays.

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Rappelons très sommairement qui était Luther : Martin Luther est né le 10 novembre 1483 à Eisleben, en Allemagne, plus précisément en Thuringe (dépendant du grand-électeur de Saxe). Poussé par son père devenu bourgeois par l’exploitation minière, il fit des études supérieures à Erfurt, mais au lieu d’étudier le droit comme voulu par son père, il étudia la théologie et la philosophie. Le 2 juillet 1505, il a cru mourir par la foudre venue le frapper très proche et s’est promis de devenir moine s’il en réchappait. Quinze jours plus tard, il entra chez les Augustins à Erfurt. Son père fut désespéré de voir son fils aîné avec tant de talent devenir moine (« fainéant » !). Luther fut ordonné prêtre en 1507 et enseigna la théologie à Erfurt, puis à Wittenberg après avoir soutenu sa thèse de doctorat en théologie en 1512.

Martin Luther cherchait d’abord une voie pour le salut de son âme, la sienne et celle des hommes en général. Il trouva dans l’épître de saint Paul aux Romains (texte écrit à Corinthe vers l’an 58) une grande source de foi et de réflexion : « Alors, je commençai à comprendre que la « justice de Dieu » est celle par laquelle le juste vit du don de Dieu, à savoir de la foi, et que la signification était celle-ci : par l’Évangile nous est révélée la justice de Dieu (…), par lequel le Dieu miséricordieux nous justifie [nous justifie = nous transforme en serviteurs de Dieu] par la foi (…). Alors, je me sentis un homme né de nouveau et entré, les portes grand ouvertes, dans le paradis même. À l’instant même, les Écritures m’apparurent sous un autre visage. ». Seule la foi libérait et sauvait. Les indulgences qui avaient la prétention de résoudre tout ne résolvaient rien, ne servaient en aucun cas le salut.

Autrement dit, l’essentiel, pour Luther, était de se baser sur la Bible et les textes, et pas sur une sorte de hiérarchie de l’Église. Cette idée remettait en cause l’autorité du pape. En effet, lorsque le pape Jules II (1443-1513), puis son successeur Léon X (1475-1521), fils de Laurent de Médecis, décidèrent de construire la basilique Saint-Pierre de Rome en la finançant par des ventes des indulgences, le conflit commença.

Révolté par la méthode, Luther a écrit le 31 octobre 1517 une lettre au futur cardinal Albert IV de Brandebourg (1490-1545), prince-électeur et archevêque de Mayence depuis 1514, qui soutenait l’initiative pontificale, pour lui demander de ne pas se prêter à cette mascarade financière, et il a complété sa lettre par ses « 95 thèses » dont l’un des objectifs était d’arrêter les abus de certains religieux dans le commerce des indulgences. Le matin même, Luther aurait placardé sur les portes de l’église de la Toussaint à Wittenberg ce document théologique (pratique qui était assez courante à l’époque).

Cet affichage dans l’église n’a pas été authentifié d’un point de vue historique (douteux car il n’aurait résidé à Wittenberg qu’à partir de 1518 ; plausible car en affichant la veille de la Toussaint, il pouvait s’assurer une forte audience), mais ce qui est sûr, c’est que ses « 95 thèses » furent envoyées et diffusées un peu partout en Europe et sont devenues un sujet de polémique publique jusqu’au Vatican prévenu par l’archevêque Albert de Brandebourg.

Au-delà des indulgences, Luther remettait en cause beaucoup de dogmes, comme celui du Purgatoire. Il remettait en cause l’autorité du pape et estimait qu’il fallait se focaliser sur les enseignements de la Bible et pas les directives de la hiérarchie catholique.

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La réaction pontificale fut assez rapide : le pape Léon X chercha par tous les moyens la rétractation de Luther. Entre octobre 1518 et octobre 1520, il adopta une attitude conciliante, lui proposant d’arrêter sa campagne contre les indulgences et lui promettant d’être protégé de ses adversaires comme Albert de Brandebourg. Mais Luther était au contraire très remonté par ses opposants (notamment Johannes Eck) et renforça sa défiance avec le pape, rejetant par exemple l’infaillibilité des conciles.

Léon X publia le 15 juin 1520 la bulle pontificale « Exsurge Domine » titrée explicitement : « Bulle contre les erreurs de Martin Luther et ses disciples ». Elle fut une réponse aux « 95 thèses » de Luther en lui demandant de rectifier 41 points, sous peine d’excommunication, en lui imposant un délai, jusqu’au 10 décembre 1520.

À cette date, par provocation, au lieu de « rectifier » (et de se soumettre à l’ultimatum), Luther brûla publiquement à Wittenberg son exemplaire de la bulle pontificale et aussi son exemplaire du droit canon. Il répondait ainsi à l’autodafé de ses livres fait par le théologien Johannes Eck (1486-1543), l’un des principaux contradicteurs de Luther et participant à la « disputatio » de Leipzig, grand débat universitaire théologique qui s’est déroulé du 27 juin au 15 juillet 1519 à l’Université de Leipzig (où participait également Luther) et qui formalisa les grandes différences doctrinales entre les catholiques et les (futurs) protestants.

La conséquence en fut que, par la bulle « Decet Romanum Pontificem » publiée le 3 janvier 1521, Léon X excommunia Martin Luther. Depuis la fin du XXe siècle, plusieurs théologiens catholiques et luthériens ont essayé de faire pression sur le Vatican pour annuler cette excommunication. La dispute théologique évolua alors en une affaire géopolitique.

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Dans une logique de confrontation totale, Léon X voulait que le Saint-Empire Romain Germanique le proscrivît en l’excluant du ban (de l’ensemble des sujets justiciables), ce qui avait pour conséquence la confiscation des biens et la possibilité d’être assassiné impunément. Cette procédure était aussi la suite logique d’une excommunication, mais elle nécessitait une instruction (avant 1519, la mise au ban était automatique).

Le tout jeune nouvel empereur Charles-Quint (1500-1558), il venait de prendre le titre le 28 juin 1519 à seulement 19 ans (sacré à Aix-la-Chapelle le 23 octobre 1520), convoqua Luther le 18 avril 1521 devant la Diète impériale de Worms, en Rhénanie-Palatinat, où se déroulait l’assemblée générale des États présidée par l’empereur du 28 janvier au 26 mai 1521. Devant l’empereur, Luther refusa de renoncer à ses « 95 thèses » et lui déclara le 19 avril 1521 très clairement : « Je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il n’est ni sûr, ni honnête d’agir contre sa propre conscience. ». Son « procureur » Johannes Eck lui répondit : « Martin, il n’y a aucune des hérésie qui ont déchiré le sein de l’Église, qui n’ont pas eu pour origine les différentes interprétations des Écritures. ».

Les cinq journées suivantes furent consacrées à des concertations privées pour savoir ce qu’il allait advenir de Luther. Charles-Quint décida finalement le 26 mai 1521, par l’Édit de Worms, que Luther était hors-la-loi, interdit d’écrire, et en état d’arrestation : « Nous interdisons à toute personne, dès maintenant, d’oser, en paroles ou en actes, de recevoir, défendre, soutenir ou favoriser ledit Martin Luther. Au contraire, nous voulons qu’il soit appréhendé et puni comme un hérétique notoire, comme il le mérite (…) Nous déciderons la manière appropriée d’agir contre ledit Luther. Ceux qui aideront à sa capture seront récompensés généreusement pour leurs bons efforts. ». Dans les États allemands, il était ainsi interdit d’aider, d’héberger et même de nourrir Luther, ainsi que lire, posséder ou imprimer ses écrits, sous peine d’être considéré comme un criminel passible de mort.

Martin Luther bénéficia cependant une grande popularité et surtout, du soutien de Frédéric III le Sage (1463-1525), prince-électeur de Saxe, qui avait fait un rêve prémonitoire le jour même du 31 octobre 15167, sur Martin Luther et sur le théologien tchèque Jan Hus (1373-1415), prêtre et recteur de l’Université de Prague, considéré comme hérétique notamment pour sa condamnation du trafic des indulgences, excommunié le 21 février 1411 par le pape Grégoire XII et supplicié le 6 juillet 1415 à Constance (avant de mourir brûlé vif, il aurait déclaré de manière prophétique : « Ils peuvent tuer l’oie [hus], mais dans cent ans, apparaîtra un cygne qu’ils ne pourront brûler. »). L’affiche du centenaire a repris l’évocation du rêve de Frédéric III le Sage.

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Luther n’a pas connu le triste sort de Jan Hus car imaginant le pire, Frédéric III le Sage l’avait heureusement « exfiltré » dès le 4 mai 1521 et mis en lieu sûr au château de Wartburg (près d’Eisenach) qu’il quitta le 6 mars 1522. Il retourna vivre au cloître de Wittenberg.

Tout en traduisant la Bible en allemand (il acheva ce long travail en 1534), Martin Luther continua à réfléchir et écrire sur la foi et la religion. Il considérait que le salut se faisait par la foi seule et pas par les bonnes œuvres ou par les sacrements, et il contestait tous les dogmes de l’Église qui n’étaient pas explicitement dans les Écritures.

Pendant ces années, la Réforme se propagea dans les États allemands au point d’en devenir un ciment politique, et Charles-Quint, en guerre contre la France de François Ier, avait du mal à être très présent sur ce sujet. À la Diète impériale de Spire (Speyer) du 25 juin au 27 août 1526, plusieurs princes et plusieurs cités impériales « protestèrent » contre l’application de l’Édit de Worms et plusieurs sujets furent abordés dans les débats, notamment les indulgences, le mariage des prêtres (sujet récurrent) et la célébration par des laïcs (non ordonnés) d’une partie du culte. Charles-Quint (absent des débats) fit répondre que l’urgence était de répondre à la révolte des paysans en améliorant leurs conditions de vie et que les sujets religieux devaient être traités par les princes eux-mêmes dans leur État : « Chaque État doit vivre, gouverner et croire comme il peut espérer, et avoir confiance pour répondre devant Dieu et sa Majesté impériale. ».

Je m’arrête un instant sur le soulèvement des paysans en Allemagne de 1524 à 1525 et sur la réaction de Luther qui a été critiqué pour avoir donné une religion aux princes et pas au peuple. Cette révolte se retournait contre les princes allemands qui avaient soutenu le théologien hérétique, si bien que Luther leur conseilla de la mater le plus fermement possible dans un texte titré « Contre les bandes pillardes et meurtrières des paysans » : « Tous ceux qui le peuvent doivent assommer, égorger et passer au fil de l’épée, secrètement ou en public, en sachant qu’il n’est rien de plus venimeux, de plus nuisible, de plus diabolique qu’un rebelle (…). Ici, c’est le temps du glaive et de la colère, et non le temps de la clémence. Aussi, l’autorité doit-elle foncer hardiment et frapper en toute bonne conscience, frapper aussi longtemps que la révolte aura un souffle de vie. (…) C’est pourquoi, chers Seigneurs, (…) poignardez, pourfendez, égorgez à qui mieux mieux. » (avril 1525). Ces soulèvements ont fait une centaine de milliers de victimes.

Il avait la même haine contre les sorcières car il était indiqué dans la Bible : « Tu n’accepteras pas de laisser vivre une sorcière. » (Exode, 22:17), si bien que dans son sermon du 25 août 1538, il n’hésita pas à dire : « Vous ne devez pas avoir de pitié pour les sorcières ; quant à moi, je les brûlerais ! ». De même, après une période de tolérance, Luther fut fortement antisémite à la fin de sa vie et prôna en 1543, dans un écrit incendiaire « Des Juifs et de leurs mensonges » la recommandation de tuer les rabbins s’ils continuaient à enseigner le judaïsme et de brûler les synagogues, ce qui en fit un texte très apprécié des nazis quatre siècles plus tard. Ce sujet précis mériterait un long développement et une réflexion contradictoire.

Revenons à Spire en 1526. Même si ce n’était pas du tout une décision d’accorder la liberté religieuse (Charles-Quint voulait l’application stricte de l’Édit de Worms), la décision de la Diète de Spire était une suspension temporaire (de l’accusation d’hérésie de Luther) pour calmer les princes (le conseil qui devait prendre position sur le sujet avait été repoussé par la suite à une vingtaine d’années !). La proximité des Turcs qui menaçaient le Saint-Empire et les différents entre l’empereur catholique et le pape Clément VII (1478-1534), cousin de Léon X, renforcèrent la cause protestante et la tolérance des catholiques allemands.

Cette non décision de Charles-Quint à Spire en 1526 fut effectivement considérée comme un encouragement au protestantisme. Lors de la Diète impériale d’Augsbourg réunie du 20 juin au 19 novembre 1530, Charles-Quint fut au contraire plus offensif. Les princes protestants lui présentèrent le 25 juin 1530 la « Confession d’Augsbourg » rédigée en partie par Luther et notamment un de ses disciples, le théologien Philippe Mélanchthon (1497-1560), universitaire de Wittenberg (et le créateur du mot « psychologie »). Ce texte fondateur composé de 28 articles exposa la doctrine de Luther : le salut vient de la foi, chaque fidèle est prêtre (égalité par le baptême) et la Bible est la seule autorité. Le 3 août 1530, les théologiens catholiques réfutèrent ce texte à Augsbourg et les luthériens répondirent le 22 septembre 1530, mais trop tard car Charles-Quint avait déjà proscrit le texte. Il donna aux princes protestants jusqu’au 15 avril 1531 pour se soumettre au catholicisme (et à l’empire).

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Luther recommanda dès le 20 septembre 1530 aux princes protestants de ne pas transiger avec les catholiques et de se préparer à la guerre. Une ligue des princes protestants allemands s’est alors constituée sous la houlette de Philippe Ier de Hesse (1504-1567) et de Jean-Frédéric Ier de Saxe (1503-1554). La Confession d’Augsbourg fut complétée par un autre texte, la Concorde de Wittenberg rédigée principalement par Philippe Mélanchthon et proclamée le 26 mai 1536 sur la base sur des discussions du concile réunissant tous les théologiens réformés (Allemagne et Suisse) entre le 21 et le 28 mai 1536 à Wittenberg. Ce texte a permis l’unité des théologiens réformés, y compris Jean Calvin (1509-1564), ce qui renforça leur puissance politique et militaire.

Les hostilités ne commencèrent réellement qu’à l’occasion du Concile de Trente convoqué le 22 mai 1542 par le pape Paul III (1468-1549), le pape qui a encouragé la création de la Compagnie de Jésus (les Jésuites) le 27 septembre 1540 et qui a condamné et interdit l’esclavage (lettre « Vertias ipsa » du 2 juin 1537). Le Concile de Trente se déroula du 13 décembre 1545 au 4 décembre 1563, pour répondre à la Réforme et chercher à retrouver l’unité des chrétiens. Mais il fut surtout le concile de la Contre-Réforme ; dès le 8 avril 1546, les pères conciliaires s’opposèrent très fermement aux doctrines protestantes (alors que Charles-Quint et Paul III souhaitaient des positions plus mesurées et auraient accepté une certaine évolution doctrinale).

En juin 1546, Charles-Quint envoya une armée contre les États du Saint-Empire qui ne reconnaissaient pas le Concile de Trente. Il a eu d’abord le dessus entre 1547 et 1551 mais, à cause de l’offensive de Maurice de Saxe (1521-1553), qui, invité à participer à une nouvelle session du Concile de Trente, attaqua les troupes impériales, l’empereur se trouva contraint à accorder la liberté religieuse aux protestants le 2 août 1552 (Paix de Passau).

Après une dizaine d’années de combats, la Paix d’Augsbourg signée le 25 septembre 1555, entre les États allemands protestants et les États allemands catholiques et l’empire, formalisa l’acceptation des princes protestants au sein du Saint-Empire. Son principe fut « cujus regio, ejus religio » (le prince de l’État détermine la religion de l’État). On peut comprendre alors pourquoi le libéralisme a pu éclore quelques siècles plus tard dans les pays protestants où la liberté et la tolérance religieuses avaient été conquises.

Charles-Quint avait donc échoué dans le maintien de l’unité catholique de son empire, ce qui l’amena à abdiquer et à laisser le 16 janvier 1556 la couronne impériale à son frère Ferdinand Ier (1503-1564) qui avait présidé la Diète de Spire en 1526 et qui, quoique catholique, fut beaucoup plus tolérant vis-à-vis des protestants. Cette paix dura jusqu’à ce qu’une majorité de grands-électeurs (à cause d’un retournement de la Bohême) fût capable d’élire le 28 août 1619 un empereur romain germanique …protestant. Ce fut la Guerre de Trente Ans (du 23 mai 1618 au 24 octobre 1648) qui décima entre 4 et 8 millions de victimes (principalement dans le Saint-Empire). Mais c’est une autre histoire !…

Quant à Luther lui-même, il est revenu sur ses vœux monastiques (en estimant que ces vœux n’avaient aucune valeur dans « De votis monasticis » publié en 1521) et s’est marié le 26 juin 1525 avec Catherine de Bore (1499-1552), religieuse qui fut protégée par la femme du peintre Lucas Cranach l’Ancien (1472-1553), ami de Martin Luther et de Philippe Mélanchthon. Ils ont eu six enfants. Très malade, Luther est mort à 62 ans le 17 février 1546 (à Eisleben, mais il avait vécu à Wittenberg).

L’influence de Luther fut historiquement très importante puisque la plupart des États allemands sont devenus protestants, la Suède l’est devenue en 1544, et même en Angleterre, la reine Élisabeth Ie créa l’anglicanisme en 1559. Parallèlement à Luther dans les États allemands, Ulrich Zwingli (1484-1531) à Zurich, Martin Bucer (1491-1551) à Strasbourg et Jean Calvin à Paris et à Genève propagèrent les idées de la Réforme protestante en Europe.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 octobre 2017)
http://www.rakotoarison.eu

(Les trois représentations de Martin Luther de cet article proviennent de Lucas Cranach l’Ancien).

Pour aller plus loin :
Le début de la révolution luthérienne.
Saint François de Sales.
Le pape Formose.
Viens m’aider à aider !
Le pape François, une vie d’espérance.
Benoît XVI.
Les saints enfants de Fatima.
Le coup de Jarnac.
Concini.
La révocation de l’Édit de Nantes.
Philippe V.
François Ier.
Louis XIV.
Lully.
L’émigration irlandaise.
La laïcité française depuis 1905.

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