La théorie (économique) de l’investissement différentiel

Ca y est ! On ne croit plus à la « théorie du ruissellement » !

Théorie qui n’était il est vrai qu’ un argument (politique) présenté sous une forme scientifique ( « théorie du … ».

Argument destiné à faire croire que lorsque les gouvernants prennent des mesures permettant aux plus riches d’échapper à divers prélèvements ( auxquels sont assujetties les classes moyennes) et aux contraintes (par exemple, celles relatives aux licenciements et aux salaires), ils le font dans l’intérêt général ( : les pauvres ne pourraient manger que grâce aux « riches »).

Argument d’autant plus astucieux, qu’il permet en plus de faire oublier que dans un Etat (démocratique) le niveau de vie de la population dépend (ou devrait dépendre) des décisions de ses représentants et non (Etat ploutocratique) de celles des détenteurs de capitaux (ou, à défaut, de la charité).

Ce ne sont d’ailleurs pas des économistes qui ont imaginé la « théorie » (v. les liens ci-dessous) . Et il a été démontré (s’il en était besoin) que les faits démentaient ce que certains politiques voulaient faire accroire. https://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/Le-mythe-ruissellement-economique-2017-08-01-1200866935http://tempsreel.nouvelobs.com/edito/20170929.OBS5332/la-theorie-du-ruissellement-fable-des-annees-1980.html

Ce qui fait que certains politiciens sont aujourd’hui dans une situation délicate, après la publication de certains rapports ( – FMI, ( https://www.imf.org/external/pubs/ft/sdn/2015/sdn1513.pdf ) et autres – ) qui mettent sur la place publique ce que de nombreux économistes indépendants disaient depuis longtemps.

En effet, d’un côté, ils déclarent qu’ils ne croient pas (ils ne peuvent d’ailleurs plus faire autrement), à la théorie du ruissellement.

Mais, d’un autre côté, ils continuent à la mettre en œuvre en prenant (et même en les renforçant) les mesures que l’on prenait tant qu’on pouvait y faire croire.

D’où quelques formules ou « acrobaties » un peu rapides : « je ne crois pas au ruissellement, mais à la cordée » ( https://www.youtube.com/watch?v=5F5b6FE82TU ) ; « on renforce le capital, pas les plus riches » ; ( https://www.ouest-france.fr/politique/bruno-le-maire/economie-bruno-le-maire-la-theorie-du-ruissellement-est-une-anerie-5301249)

Acrobaties qui risquent de mettre un peu plus en lumière le fait que puisque certaines mesures ne servent pas l’intérêt général. Et que ces dernières, qui sont obstinément prises en contradiction avec la réalité économique établie et connue, servent nécessairement à satisfaire des intérêts particuliers. Acrobatiques mesures, qui confirment en tous cas que le pouvoir économique et financier n’est toujours pas séparé du pouvoir politique ( v. sur Agoravox le texte de notre conférence devant le « cercle Nation et République » sur ce thème).

Puisque la théorie du ruissellement se meurt, par quoi la remplacer ? Il faudrait trouver autre chose qui fasse « scientifique ». Et dont les effets de la mise en œuvre ne soient jamais mesurables … En tous cas pas « négativement » comme ce qui s’est passé avec la théorie du ruissellement.

Nous suggérons : « théorie de l’investissement différentiel » .

Le gouvernement prend des mesures (toujours les mêmes). Mais les présente cette fois-ci comme destinées à inciter certains détenteurs de capitaux à se détacher du comportement global (négatif) de la masse des détenteurs de capitaux (et à choisir tel investissement créateur d’embauches).

Ainsi, toute embauche, de quelle nature ou durée que ce soit, pourra être attribuée aux mesures. Ce qui permettra de dire – spécialement aux « économistes » et « spécialistes » patentés (*) par certains médias – que la « théorie de l’investissement différentiel » est vérifiée. Et que les mesures « marchent ». Donc qu’il faut continuer à les prendre. Et de convaincre les électeurs qu’ils peuvent continuer à encourager leurs dirigeants à œuvrer pour une bonne et juste cause.

Marcel-M. MONIN Maître de conférences honoraire des universités Docteur d’Etat

(*) On peut aussi appeler notre affaire « théorie économique des comportements dissociés », « théorie économique de l’incitation volontaire », « théorie économique du détachement constructif » … ou l’affubler de n’importe quelle autre appellation. Ils répéteront.

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