Le Grand Charles aurait dû de par ses racines conservatrices comme du fait de son rattachement militaire demeurer dans le rang, rester fidèle à une ligne, celle de la hiérarchie et du pouvoir dit légal, celui qui donna les pleins pouvoirs à ce Philippe Pétain qu’il connaissait fort bien. Or sa vision de la France le positionna au niveau de cette dernière dans ce qu’elle a de plus noble, et il partit pour Londres à compter de cet armistice qu’il refusa et d’où il lança son appel.

De là-bas il n’eut de cesse de l’intérieur de s’opposer à la mainmise anglo saxonne, celle de Churchill et de Roosevelt, qui voyaient ce Général récusant leurs diktats d’un mauvais œil, lui préférant un Giraud plus malléable. Le Grand, fidèle à sa réputation d incorruptible, ne céda rien, et à la tête d’une armée de fidèles entra dans Paris en vainqueur.

S’alliant aux communistes il scella un gouvernement de réconciliation et de reconstruction, devint Président du Comité Français de Libération Nationale, fit en peu de temps passer quelques lois et orientations décisives, puis dès 1946 quitta le pouvoir, dépassé par ces politiciens et ces partis qu’il vouait aux gémonies.

Il lui fallut à lui le héros de la Nation par excellence douze années pour, à la demande d’un gouvernement aux abois sur la question algérienne, revenir au pouvoir en apposant son sceau sur la rédaction de cette Vème pour lui seul fait. Car depuis – reconnaissons-le – tous ses successeurs servirent d’autres intérêts que ceux du pays, quand son rédacteur ne fut obsédé que par elle et elle seule. Récusant l’Europe de Monnet et de Schuman en y reconnaissant la main anglo saxonne, et lui préférant une Europe des nations, il rompit avec Yalta et le fédéralisme européen, et incarna la voie de l’indépendance coute que coute. Lâchant la bride et ouvrant l’ère de la décolonisation en rompant avec ses propres croyances bien avant tout le monde et à la surprise générale, il cassa lentement un Empire pour le redimensionner au siècle. Parlant avec toutes les grandes puissances d’une seule et même voix et ne se confondant avec aucune, il fut un authentique point d’équilibre. Incarnant comme personne depuis le pays, sa voix si singulière, sa tradition et sa fierté, ainsi (Chirac fut parfois, souvent même, sur ce point son fils spirituel) que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, il demeure la référence, au-dessus, très au-dessus de tous ses successeurs.

Il fit hélas, avait-il le choix, entrer le loup Rothschild dans la bergerie en 1962, contre un de ses plus fidèles, Miche Debré. La finance et l’industrie prirent le relai de la politique et de l’histoire, on était dans les 30 glorieuses, il fallait absolument poursuivre l’effort et placer le pays dans les tous premiers. Il y eut, ce fut le fait du duo et point seulement du plus grand des deux, de très grands projets décidés puis accomplis. Le Général tenait vertement à cette indépendance d’avec les puissances de l’argent, lui militaire stratège féru d’histoire connaissait leurs pouvoirs exorbitants et leurs appétits insatiables, il aimait à le dire, la politique ne se fait pas à la corbeille !

Voire … Cet idéaliste n’ayant rien d’un doux utopiste maniait le réel et savait s’y adapter sans perdre les principes. Rigoriste parfois, autoritaire comme il se doit, il savait les limites du peuple et du système, avait connu ses années d’exil et ne se faisait point d’illusions. Quand il surprit et comprit la manipulation américaine via la CIA de la partie immergée de cette jeunesse jetant des pavés en 1968, il se mit en retrait puis laissa son fringant Premier Ministre conduire le bateau déserté. Puis s envoila vers Baden Baden, créant, plus que la surprise, l’évènement. Tempo, sidération, comment reprendre l’ascendant tandis que tout semble voler en éclats : ce fut là son dernier coup de génie, politique s’entend, l’armée triomphante déferla sur les Champs, les modernes se prirent une rouste et l’Assemblée se couvrit de bleu comme jamais.

Hélas les financeurs d’Outre Atlantique de la révolution de Mai ne remisèrent point leurs projets, et par l’intermédiaire du fringant Ministre de l’Economie, le futur Président Giscard d’Estaing, firent introduire un MAIS dans la votation de ce referendum de type quitte ou double que le Grand Charles en 1969 perdit.

Battu, le grand homme fit ce que jamais un politicien ne ferait, il se retira et partit au loin, en Irlande, avec son épouse, Tante Yvonne comme l’appelaient les français.

Des photographies nous les montrent encore, marchant le long des falaises livrées aux vents. Un chant du cygne d’une absolue tristesse pour ceux qui lui donnèrent congé.

Le Grand Charles mourut le 9 novembre 1970 à Colombey les Deux Eglises. La France retint son souffle, laissa couler ses larmes et ne s’en releva jamais : elle venait de perdre le plus grand, l’avait laissé s’échapper par mégarde, comme un enfant trop gâté laisse tomber un diamant et le brise en mille morceaux. Le panier exulta, tandis que le peuple, hébété, se moucha.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *