Dernièrement, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a annoncé vouloir bannir la voiture à essence de Paris à partir de 2030. Pourtant tout le monde n’aura pas les moyens d’utiliser une voiture plus écologique que la voiture à essence. Il sera donc nécessaire de rendre les transports publics encore plus efficace qu’aujourd’hui.

Tout d’abord une petite rectification : rendre les transports publics gratuits signifie que les usagers des transports publics n’ont pas à payer pour les utiliser. Il faut néanmoins que ceux-ci soient financés. Ils doivent donc être intégralement financés par des impôts ou des taxes de la collectivité. La dénomination anglaise est pour le coup plus précise : « Fare-free public transit » qu’il est par exemple possible de traduire par transport en commun sans frais de transport pour les usagers.

Les transports publics sont déjà en majorité financé par des impôts et/ou des taxes. En moyenne, d’après Anne Meyer, Directrice des Affaires économiques et techniques de l’Union des transports publics et ferroviaires, les usagers ne financent directement que 30% des coûts de fonctionnement, le reste étant pris en charge par la collectivité [1]. Ainsi, on peut considérer que les transports publics sont déjà à 70% « gratuit ».

Pourquoi la gratuité des transports publics est plus efficace économiquement ?

La gratuité permet d’enlever les coûts pour la distribution des titres de transports et pour le contrôle des billets. Les coûts d’achats et d’exploitation des automates de distribution des billets sont supprimés. Les contrôleurs ne sont plus nécessaires. Il est possible de supprimer l’ensemble des systèmes de pointage instaurés dans le réseau que ce soit les composteurs automatiques à l’entrée du métro ou encore ceux dans les bus et tramway. Un autre effet indirect de ces mesures est de fluidifier l’accès aux transports (plus besoin de pointer à l’entrée du bus). A Austin au Texas a été mené un test d’octobre 1989 à décembre 1990 où le réseau de transport public fût rendu gratuit pour les usagers. Avant octobre 1989, le coût moyen d’un trajet était de 2,51 $, pendant l’expérience, il a baissé significativement à 1,51 $ puis est remonté l’année qui a suivi l’arrêt de l’expérience à 2,18 $. [2]

La gratuité des transports publics, une mesure juste socialement ?

C’est sans doute le point le plus débattu, une mesure juste socialement serait que seuls les bénéficiaires payent pour les services rendus par un réseau de transport. Posons-nous donc la question des bénéficiaires et des services rendus par un réseau de transport efficace et gratuit :

  • Les automobilistes profitent du réseau de transport public, pour preuve les jours de grève le temps de trajet moyen en région parisienne augmente significativement.
  • L’environnement profitent d’un système de transport public. Il est bien plus écologique que la voiture individuelle. La gratuité les rendrait ainsi encore plus attractif.
  • Les entreprises et commerces sont aussi bénéficiaires. Un réseau de transport public efficace permet d’augmenter la zone de chalandise des commerces et pour trouver des salariés compétents. Par ailleurs, en région parisienne les entreprises mettent déjà la main au portefeuille à travers la contribution obligatoire sur le pass navigo de ses employés.
  • Les propriétaires sont aussi bénéficiaires : le prix du foncier est étroitement corrélés avec la qualité du réseau de transport public. Pour preuve, lorsqu’une nouvelle ligne est créée, les tarifs immobilier autour de la ligne flambent.
  • Les hôteliers sont aussi bénéficiaires, car l’attractivité touristique d’une région dépend en partie de la qualité du réseau de transport la desservant.
  • Évidemment les usagers sont bénéficiaires, mais assez souvent, ils sont contraints que ce soit pour des raisons économiques ou de temps de trajet.

Après cette liste, il semblerait que, les habitants, les entreprises, les propriétaires et les touristes profitent du réseau de transports publics. Chacun devrait donc y contribuer. Tallin en Estonie est la première capitale à avoir rendu le réseau de transport gratuit pour tous les habitants, seuls les touristes doivent encore acheter un titre de transport. [3] Comment faire contribuer simplement tous les bénéficiaires ? Pour les habitants, un impôt ou une taxe est la méthode la plus simple, les entreprises payeraient un versement transport directement à un organisme de collecte. Et pour les touristes, il suffirait d’utiliser une partie de la taxe de séjour qui augmenterait pour financer leur part.

En région parisienne, une application possible ?

En région parisienne, les transports publics sont gérés par différentes entreprises (SNCF, RATP, …). Le STIF devenu dernièrement Île de France Mobilités se charge de les financer. Pour le fonctionnement de ces entreprises, 10 milliards d’euros sont nécessaires dont 7 milliards d’euros proviennent des contributions du STIF qui est financé par les collectivités et par les entreprises au travers d’un versement transport. Les 3 autres milliards d’euros proviennent des revenus liés aux abonnements et à la billetterie.

On peut estimer que plus de 10% du prix du billets est nécessaire pour réaliser la vente des billets, pour recharger les passes navigo, soit environ 1 milliard d’euros par an. A titre d’exemple, juste pour effectuer la validation des passes et des tickets, il y a en région parisienne plus de 10 000 passages valideurs, 1600 bornes de validation dans les gares et stations de la RATP et 37000 valideurs dans les bus et tramways [4].

Sur les 2 milliards d’euros restant à financer, les entreprises en plus du versement transports participaient déjà à hauteur de 50% du prix du passe navigo de leurs employés. Il serait possible d’augmenter le versement transports d’autant. Cela pourrait représenter une contribution entre 500 millions et 1 milliard d’euros. Les touristes pourraient contribuer au travers d’une augmentation de la taxe de séjour entre 5€ et 10€ par exemple. Avec 70 millions de nuitées en région parisienne, cela représente entre 350 et 700 millions d’euros. Le reste pourrait être financé à travers un impôt ayant la même assiette que la taxe d’habitation ou une augmentation de celle-ci. Une contribution supplémentaire moyenne de 100€ par an (soit moins que la redevance télévisuelle) permettrait de récolter 1,2 milliards d’euros. Cette contribution pourrait varier en fonction de la ville et donc de l’accès au réseau de transports publics pour plus de justice sociale. Un parisien payerait plus de 200€ alors qu’à Melun cela pourrait être moins de 50€.

Alors qu’en pensez-vous, les transports publics « gratuits » sont-ils encore une utopie ?

[1] http://www.leparisien.fr/magazine/grand-angle/debat-faut-il-rendre-gratuits-les-transports-publics-27-09-2017-7290966.php Article du parisien week end du 2 octobre 2017

[2] http://www.fdot.gov/research/Completed_Proj/Summary_PTO/FDOT_BC137_38_FF_rpt.pdf NCTR Report : Advantages and Disadvantages of Fare-Free Transit Policy

[3] http://www.tallinn.ee/est/pilet/Tasuta-soit-Elron-rongides & http://www.tallinn.ee/eng/pilet/Ticket-information-for-tourists

[4] https://www.iledefrance-mobilites.fr/le-reseau/plus-de-12-millions-de-cartes-navigo/

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