Les révolutions industrielles, synonyme de mutations anthropologiques

L’explosion de la croissance démographique dans le monde depuis les années 1800 où l’on passe de moins d’un milliard d’habitants à 7,5 milliards en 2017 est du à trois « révolutions industrielles » caractérisées par des découvertes qui ont produit chacune des mutations anthropologiques. La troisième qui débute dans les années 1970, celle de l’ordinateur et du numérique avec les nouvelles technologies, la cyber-économie, la Mondialisation, le triomphe de l’économie libérale, l’individualisation des mœurs, mais aussi une situation écologique planétaire d’une extrême gravité, héritée aussi en grande partie de le seconde, est un exemple qui traduit un profond changement de société d’où une mutation anthropologique radicalement différente des précédentes dans le monde Occidental. Avec celle de la nouvelle intelligence artificielle (4 ème révolution industrielle) qui se profile à grande vitesse, ce sera encore une nouvelle mutation anthropologique qui va profondément affecter les sociétés moderne, comme l’horloge mécanique a pu le faire, sauf qu’elle s’accompagne d’une sixième extinction des espèces et d’une nouvelle explosion de la bombe démographique, dont on ne peut que s’inquiéter. D’autant plus que les pouvoir politiques ne s’attardent généralement que sur l’aspect global de ce qu’ils considèrent comme positif pour certains intérêts économiques de court terme, laissant seule « maître à bord » la techno-science tout réguler… 

Au départ, l’idée de révolution industrielle fut un mythe construit largement par l’Angleterre. Ce mythe ne peut que fonctionner de façon efficace sans la techno-science, qui passe d’une période de la mécanisation grâce à la machine à vapeur de James Watt, entraînant mécaniquement cette nouvelle société dite » société industrielle ». Ce mythe fonctionne à la répétition chaque fois qu’une grande innovation scientifique a lieu, on parle de « nouvelle révolution industrielle ». Après la machine à vapeur de Watt, l’électricité, l’ordinateur et le numérique et maintenant la nouvelle intelligence artificielle où le robot se substitue progressivement en totalité à l’homme, nous entrons chaque fois dans un nouveau monde qui caractérise une mutation anthropologique, avec de nouvelles espérances mais aussi avec de nouvelles contraintes aux effets souvent désastreux sur la vie et la planète.

Avec l’horloge mécanique qui se caractérise par sa précision, une mutation anthropologique fondamentale passée presque inaperçue…

Chacune des mutations anthropologiques des « révolutions industrielles » qui sont dues à des inventions ou des découvertes, est à la fois le prolongement et une rupture avec la précédente, mais n’en efface aucune dans la vie humaine. Avec l’horloge mécanique, innovante par sa précision, qui date des XIIe-XIIIe siècles, Lewis MUMFORD (1895 -1990) a bien vu que c’était une technologie essentielle, car désormais, toute l’histoire de la vie, mais aussi « l’industrie » dans le sens large « d’entreprise » est bâtie sur la mesure du temps, le rythme et la cadence. Les pouvoirs, pas seulement économique mais aussi politique et spirituels, surtout l’État, quand il se développera à partir des XIIe-XIIIe siècles et surtout au XVème deviennent maîtres de l’horloge, c’est-à-dire gestionnaires du temps, avec la rationalité et la technologie qui leur sont nécessaire pour s’imposer, y compris par l’usage de la démocratie. Temps rationalisé, linéaire, quantifié et mathématique, symbolisé par la généralisation de l’horloge aux dépens des rythmes journaliers et saisonniers qui régissaient les sociétés d’Ancien Régime. Par la suite, avec la découverte du son et de l’image s’affirme une croyance en la toute puissance de la science, vue comme un moyen de maîtriser le cours de la nature et de promouvoir le « progrès » de l’humanité par une accumulation infinie des connaissances et des dispositifs techniques, et c’est une nouvelle mutation anthropologique.

En étudiant les conditions qui ont déclenché les grandes mutations anthropologiques de l’histoire, on observe qu’elles se produisent à chaque fois que de nouvelles technologies de communication apparaissent et se conjuguent simultanément avec de nouvelles sources d’énergies. La crise que nous connaissons aujourd’hui tient au fait que nous cherchons à restaurer ou prolonger artificiellement les « vieilles recettes » de la deuxième révolution industrielle, plutôt que de raisonner dans le cadre de la troisième révolution industrielle et se projeter sur la suivante, dans laquelle nous entrons à marche forcée, fondée sur le couplage des technologies de l’Internet et des nouvelles intelligences artificielles qui restent consommatrice d’énergie fossile, des énergies nouvelles et surtout des métaux issus des terres rares (bien toutes ne le sont pas).

Bien que sa technologie de fonctionnement ait changé et que l’horloge fut de plus en plus précise avec l’électronique, la mutation anthropologique, dont elle fut l’origine perdure encore et pour longtemps, car aucune technologie depuis sa mise au point et à fortioricelles de la nouvelle intelligence artificielle ne peut s’en passer. A moins que la chute d’un astéroïde, un accident nucléaire ou une explosion volcanique majeure, sans compter les conflits majeurs résultant de la surpopulation et des crises alimentaires éliminent totalement » l’homo faber consumméris », l’horloge est irremplaçable pour la survie de nos sociétés modernes.

Révolutions industrielles et mutations anthropologiques enchaînement presque mécanique

Les révolutions industrielles, avec les mutations anthropologiques, dues à des découvertes, s’enchaînent presque mécaniquement comme dans une chaîne de montage qui assemble des éléments successifs. La toute première révolution industrielle Prend son essor dans les années 1780. L’invention en 1769 de la machine à vapeur par J. WATT en constituera l’élément déclencheur. 100 ans plus tard, en 1880, c’est au tour de la seconde révolution industrielle. Celle-ci donne un nouvel éclairage au progrès par la magie de l’électricité. Avec l’invention du moteur à explosion que le Belge Étienne LENOIR a mis au point, en 1860 et son perfectionnement qui le rendra opérationnel à partir de la fin des années 1880, nouvelle mutation anthropologique avec seconde révolution industrielle. C’est le début de l’ère du pétrole et de l’explosion démographique. Puis, un siècle après, à partir des années 1970,  lannonce de l’ère numérique avec le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication pour aboutir à la société dans laquelle nous évoluons de plus en plus portée par l’innovation technologique du numérique, qui depuis 2010 nous fait enter dans la quatrième révolution industrielle, celle des nouvelles intelligences artificielles et des mégadonnées (Données structurées ou non dont le très grand volume requiert des outils d’analyse adaptés).
 

Avec la première révolution industrielle, l’histoire tourne ainsi la page d’un monde qui, depuis l’invention de l’agriculture au néolithique, il y a quelques 10 000 ans, avait très peu évolué. Surtout, l’activité de production n’avait pas connu de transformation majeure, malgré le recours à des énergies naturelles comme l’hydraulique ou le vent. Toutefois des sociétés rurales des pays pauvres, notamment Africaines, une partie ne connait pas encore l’électrification et travaille ses parcelles de terres pour survivre par sa seule force physique et celle animale. Pour l’habitant de ces pays, débattre sur la problématique des nouvelles intelligences artificielles et de la mutation anthropologique lui est totalement incompréhensible et inutile au sens culturel et économique.

Si les partisans de la croissance démographique considèrent que celle-ci apparaît comme le fruit de l’amélioration des conditions de vie des populations, dans les pays du tiers-monde, la pression démographique apparaît surtout comme un handicap. Le lien entre démographie et développement de ces pays qui ne pourront jamais atteindre le modèle Occidental, auquel ses populations aspirent légitimement, reste l’objet de nombreux débats, mais à terme c’est le risque de grandes migrations avec des conflits aux violences insoupçonnables… Avec une perte annuelle mondiale de 100 000 km2 de terres arables et si la population augmente d’un milliard d’habitants dans les 12 ans à venir, comme pour la période 1999 – 2011, ce qui apparait comme une réalité, nous frôlerons les 9 milliards à l’horizon 2030 …Si on y ajoute l’épuisement des énergies fossiles, le dérèglement climatique, les conflits économiques aggravés par des données cultuelles et culturelles plus la sixième extinction, les perspectives les plus optimistes de la nouvelle révolution de l’intelligence artificielle (IA) mises en avant par certains resteront une chimère…  

Nouvelle révolution de l’intelligence artificielle et mutation anthropologique sans précédent en perspective

La nouvelle révolution de l’intelligence artificielle (IA) va, à coup sur, produire une mutation anthropologique sans précédent, dont on peut imaginer des effets comparable à ce que fut l’Horloge mécanique pour la vie humaine dans les sociétés modernes.

Avec cette nouvelle révolution industrielle, au niveau de l’entreprise, progressivement va se mettre en place un nouveau concept d’usine complètement « virtualisée » qui permet de modéliser en 3D à la fois l’environnement de production, les processus de production, et les produits eux-mêmes, ce qui lui permet de se reconfigurer dynamiquement pour différents types de production en fonction de la demande et de l’usage des produits.

Toutes les machines, opérateurs, produits, physiques ou virtuels, communiquent entre eux, via l’Internet. Les chaînes d’approvisionnement, de production, de maintenance deviennent collaboratives. On utilise dans cette évolution l’ « Internet des objets », où tout objet à l’intérieur comme à l’extérieur de l’usine devient également un capteur connecté qui communique avec son environnement de production et d’usage via des réseaux intelligents. La boucle d’amélioration des produits est ainsi optimisée, comme leur maintenance. Il n’y aura plus d’intervention humaine, ou si peu, tout cela se passera dans un monde froid sans âme…A moins que les robots s’en dotent d’une…

Quand un robot n’a plus besoin d’apprendre sans l’expérience humaine

Récemment de nombreux médias ont relaté l’information où « AlphaGo » a été balayée par sa petite soeur « AlphaGo Zero », qui apprend désormais sans l’expérience humaine.

En 2016 « AlphaGo », l’intelligence artificielle de Google DeepMind, avait surpris son monde en venant à bout de Lee SEDOL, un des meilleurs joueurs mondiaux de Go. Un peu plus d’un an après, cette version de l’intelligence artificielle a été elle-même surpassée, et de loin, par la nouvelle création de Google DeepMind. Plus épatant encore, AlphaGo Zero, n’a pas eu besoin d’emmagasiner des millions de parties de Go humaines pour apprendre à le maîtriser. Non, elle n’a eu besoin que de connaître les règles du jeu et la position des pièces sur le plateau. AlphaGo Zero a alors pu enchaîner des millions de parties contre elle-même et bâtir petit à petit ses propres stratégies. 

Il s’agit là toutefois d’un exemple d’Intelligence Artificielle « trans-humaniste » somme toute très rustique à coté des développements des IA à venir… Dans tous les domaines : entreprises, services, santé, hôpitaux, transports, militaires etc. désormais l’IA va s’installer partout avec des applications par phases successives. Nul doute qu’elle va susciter des espoirs, parfois surréalistes, mais aussi des craintes apocalyptiques, dont certaines peuvent être justifiées, compte tenu de notre culture actuelle et du recours trop réactif à la violence.

« L’intelligence artificielle c’est le futur, pas seulement pour la Russie, mais pour l’humanité tout entière. Elle apportera « des opportunités colossales, mais aussi des menaces difficiles à prévoir ». Déclarait notamment Vladimir POUTINE, venant ainsi grossir les rangs des leaders et personnalités qui s’impatientent autant qu’elles s’inquiètent des avancées toujours plus importantes constatées dans le domaine.

Certes, il y a toujours des experts économiques de PwC qui indiquent que l’IA pourrait contribuer à hauteur de 15.700 milliards de dollars à l’économie mondiale en 2030. 6.000 milliards proviendraient d’une augmentation de la productivité et 9.100 milliards de son impact sur la consommation. La somme peut paraître exagérée, mais PwC est sûr de son fait, à la décimale près… Selon eux : l’IA augmenterait le PIB de la Chine de 26%, celui des Etats-Unis de 14,5% et celui de l’Europe du Nord de 9,9%.

Mais toute la Silicon Valley n’est pas béate d’admiration devant les prouesses de l’IA. Même au sein de Google, un courant de pensée qui prédit une accélération de l’innovation et l’amélioration des caractéristiques physiques et mentales des êtres humains, la critique existe. Le géant américain, pour savoir où il met les pieds, vient de créer un comité d’éthique pour l’intelligence artificielle. « La technologie n’est pas neutre sur le plan des valeurs, et les technologues doivent assumer la responsabilité de l’impact éthique et social de leur travail », peut-on lire sur le blog de Deep-Mind, la filiale IA de Google.

En France, Lintelligence artificielle semble être un marqueur de la volonté politique du président de la république, mais est-ce suffisant ?

A peine six mois après la remise du rapport « France IA » qui, à la fin du mandat de François Hollande, a dressé un premier tableau de l’intelligence artificielle (IA) en France, le gouvernement a choisi d’en faire un marqueur fort de sa politique d’innovation. Alors que plusieurs pays, Etats-Unis, Chine avec 13 milliards de dollars d’investissements annoncés pour les trois prochaines années, Corée du Sud, etc.  se sont dotés de plans stratégiques dans ce domaine, c’est le député Cédric VILLANI qui a été chargé d’un nouveau rapport qu’il doit remettre dès le mois de janvier 2018 au gouvernement. Une mission tous azimuts, confiée à ce mathématicien de 44 ans devenu député LREM de l’Essonne.

Choisi pour sa « méthode de travail assez hétérodoxe et complète », selon  Mr. Mounir MAHJOUBI Secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargé du Numérique, Cédric VILLANI explique sa vision de ces technologies de « simulation de l’intelligence » dont les progrès récents sont rendus possibles par l’explosion des données. En 2020, l’humanité en produira 100 milliards de milliards chaque semaine que l’intelligence artificielle, grâce à la puissance de calcul des ordinateurs, transforme en outils de conduite autonome des véhicules, agents de conversation intelligents ou encore robots dans les usines, à l’hôpital, etc.

En ne visant que l’aspect positif n’oublie t- on pas de s’attarder sur les effets négatifs ?

Le problème, c’est que ni la problématique démographique, ni les besoins en électricité qui vont croître démesurément ou les Terres Rares qui sont aussi une énergie venant du sous-sol ne semble pas être la première préoccupation des responsables politiques, espérant probablement que les futurs robots apporteront une réponse… Sans terres rares, pas d’intelligence artificielle (IA), pas d’Ipad, pas d’écrans plasma ni LCD. Impossible de produire une voiture hybride ou à pile à combustible, pas d’ampoules LED basse consommation. Dans une technologie donnée où elles sont utilisées, les Terres Rares sont difficilement substituables, ou alors au détriment de la qualité et des performances. Il peut en revanche y avoir des basculements de technologies, or, aujourd’hui, la situation est alarmante. En effet, la demande de terres rares est explosive, notre dépendance totale et l’offre est sur le point de s’assécher violemment. Il n´existe peu de matières premières, dont la demande, a été multiplié par 30 fois en 50 ans.

La Chine, c’est 90 à 95% de la production mondiale (2013). Elle alimente à elle seule toute la planète en terres rares. En 10 ans, elle a éradiqué la quasi-totalité de ses concurrents occidentaux par une guerre de prix destructive. Elle est devenue totalement « maître du jeu ».
 

Conclusion

En ne visant que généralement l’aspect positif, n’oublie-t-on pas de s’attarder sur les effets négatifs ? Passons sur la voiture sans chauffeur ou le drone taxi, les robots joueurs ou tueurs pour l’armée, la nouvelle révolution de l’intelligence artificielle avec une « robotisation » totale des entreprises, c’est-à-dire sans une intervention humaine, telle qu’elle a été évoquée au forum économique de Davos indique qu’elle entraînera la perte de plus de 5 millions d’emplois d’ici à 2025. Bien que de nouvelles activités, que l’on ne peut imaginer aujourd’hui verront le jour, comme en 1980 nous ne pouvions imaginer les activités résultant, par exemple des plateformes numérique, si aucune réflexion n’est sérieusement évoquée dans ce sens, les gouvernements devront faire face à un chômage en hausse constante et à des inégalités croissantes. Pas un secteur d’activité ne sera épargné et ce ne sont pas les formations, plus ou moins longues pour certains métiers, parfois d’ailleurs dépassées à l’issue de la formation, qui résoudront les problèmes. On peut donc imaginer les conséquences …

 

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