« Quand on me parle d’un personnage à interpréter, je sais d’une façon immédiate si je peux le faire, si ça me convient ou si ça ne va pas. »

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Danielle Darrieux vient de s’éteindre à 100 ans. Dans « Marie-Octobre » (réalisé par Julien Duvivier et sorti le 24 avril 1959), elle avait joué avec Lino Ventura. Parmi les acteurs français qui incarnent le mieux « l’esprit français », je citerais justement Lino Ventura, arrivé d’Italie (Angiolino précisément, pour comprendre cet étrange prénom qui pourrait remplacer un parquet). Il est mort soudainement à Saint-Cloud il y a trente ans, le 22 octobre 1987 à l’âge de 68 ans (il est né le 14 juillet 1919 à Parme).

S’il y avait un trait qui collait à la peau de l’acteur, comme l’élégance pour Jean Rochefort, c’était bien la tendresse. Une tendresse parfois un peu brutale mais toujours sincère. Un peu comme le cliché des Français, bagarreurs et copains en même temps, comme dans Astérix. Ce n’est donc pas étonnant de retrouver Lino Ventura dans le patrimoine national des Français, aux côtés des autres grands acteurs français des années 1960 à 1980. Il trônait parmi les acteurs les plus appréciés, les plus populaires. Un film avec lui, c’était le succès assuré ; il a joué dans de nombreux films à grand succès qui ont totalisé 130 millions d’entrées !

Immigré italien dont le père a disparu, il est arrivé dans la banlieue parisienne le 7 juin 1927. Sa mère étant sans ressources, il n’alla pas à l’école et a fait de petits boulots pour assurer la survie du foyer. Parallèlement, poussé par des copains de son quartier, il commença à s’entraîner à la lutte gréco-romaine à l’âge de 16 ans. Il a épousé très jeune, à l’âge de 22 ans (le 8 janvier 1942), sa femme qu’il a rencontrée dans un de ses petits boulots. Parce qu’il avait gardé la nationalité italienne, il a été mobilisé dans l’armée italienne mais l’a désertée en juillet 1943 pour regagner Paris. Le couple resta caché jusqu’à la fin de la guerre.

Après la guerre et pendant un peu moins d’une dizaine d’années, Lino Ventura est devenu catcheur professionnel et a atteint en février 1950 le titre de champion d’Europe des poids moyens. De mauvaises blessures l’ont empêché de poursuivre cette carrière sportive qui évolua dans le rôle d’entraîneur.

Il fut présenté au réalisateur Jacques Becker qui cherchait un acteur italien avec une certaine carrure à opposer à Jean Gabin (finalement choisi après le refus de Daniel Gélin). Avec « Touchez pas au grisbi » (sorti le 17 mars 1954), qui a été vu par 4,7 millions de spectateurs, Lino Ventura fut alors propulsé star du cinéma (alors qu’il n’avait suivi aucun cours d’art dramatique) et domina par sa personnalité et son naturel le cinéma français pendant plus d’une trentaine d’années dans environ soixante-quinze films.

Lino Ventura a joué comme « méchants » ou « policier » dans de nombreux films, parfois dans des rôles d’énervé (comme dans « L’emm@rdeur » avec Jacques Brel). Généralement, fort en gueule, cassant, sévère, mais capable de dévoiler une certaine tendresse, notamment auprès d’enfants dont il a la responsabilité, que ce fût sa nièce (dont le petit ami, joué par Claude Rich, était le fils du vice-président du Fonds monétaire international !) dans « Les Tontons flingueurs » ou sa fille (Isabelle Adjani) dans « La gifle ».

Parmi les réalisateurs avec qui il a travaillé, on peut évoquer Jacques Becker, Gilles Grangier, Julien Duvivier, Jean Delannoy, Louis Malle, Édouard Molinaro, Claude Sautet, Denys de La Patellière, Henri Verneuil, Georges Lautner, Robert Enrico, Pierre Granier-Deferre, Jacques Deray, Jean-Pierre Melville, José Giovanni, Terence Young, Claude Pinoteau, Claude Lelouch, Francesco Rosi, Claude Miller, Yves Boisset, Pierre Tchernia, etc.

L’un de ses meilleurs films fut sans doute « Garde à vue » (réalisé par Claude Miller et sorti le 22 septembre 1981) où il jouait le rôle d’un policier, dans l’enquête du meurtre d’un enfant, venu interroger un notable avocat la veille de Noël qu’il considérait comme un vieux pervers (joué par l’excellent Michel Serrault). Il a également joué le rôle du général Carlo Alberto Dalla Chiesa peu après l’assassinat de ce dernier par la mafia, dans un film de Giuseppe Ferrara (« Cent jours à Palerme »).

Lino Ventura n’a jamais reçu de récompense de la profession, il a juste été nommé pour le César du meilleur acteur pour « Les Misérables » le 26 février 1983, mais il présida la deuxième cérémonie des Césars le 19 février 1977 pour remplacer Jean Gabin qui venait de mourir, et fut honoré après sa mort brutale le 12 mars 1988 à la treizième cérémonie des Césars.

Comme il a eu du succès très rapidement, Lino Ventura pouvait se permettre de refuser des offres de rôle qu’il pensait ne pas correspondre à sa personnalité. Ainsi, il a refusé des premiers rôles dans de grands films comme « Apocalypse now », « Rencontre du Troisième type », « La chèvre » (initialement en duo avec Jacques Villeret au lieu de Pierre Richard) et « Le viex fusil », terrible film mené finalement par Philippe Noiret.

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D’un naturel réservé et pudique, il refusait également toute scène de nudité, au contraire de nombreux de ses collègues. Il voulait aussi mettre à l’abri sa propre famille du star system. Avec sa femme, il a eu en effet quatre enfants dont une fille qui fut en situation de handicap dès la naissance (à cause d’un accident cérébral). Ce fut la première motivation de la création de l’association Perce-Neige par le couple Ventura le 6 décembre 1965 qui essayait de rattraper le manque de structures d’accueil pour les enfants en situation de handicap. Cette association a poursuivi son action bien après la mort de Lino Ventura et est à l’origine d’une quarantaine d’établissements en France. Cette action sociale autant que la popularité de l’acteur ont encouragé les mairies à baptiser de nombreuses structures (des salles des fêtes, des médiathèques, etc.) du nom de Lino Ventura.

Voici quelques extraits de plusieurs de ses grands films.

1. « Touchez pas au grisbi » sorti le 17 mars 1954 (Jacques Becker).

2. « Les Tontons flingueurs » sorti le 4 octobre 1963 (Georges Lautner).

3. « Ne nous fâchons pas » sorti le 20 avril 1966 (Georges Lautner).

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