Depuis 2015, le gouvernement de Macky Sall parie sur les ressources naturelles de son pays, avec son projet ambitieux de développement de l’énergie verte pour répondre aux défis de l’électrification des zones rurales. La place faite aux investissements privés a permis d’attirer les financements, pourtant souvent difficiles à mobiliser dans la région.

Le kWh le plus cher de la région

On connait bien le défi de l’électrification de l’Afrique, dont la moitié de la population n’a pas accès à l’électricité. Ce sont en particulier les populations rurales qui sont les plus touchées, et pour lesquelles ce taux monte à 60%. De plus, la consommation augmente de 10% par an, et la production suit avec difficulté, ce qui provoque régulièrement des coupures de courant, très dommageables pour les populations et l’économie. 
Pourtant, la situation s’améliore depuis 2012. En effet, la puissance de production du pays est passée de 584 MW à 864 MW, entre 2012 et 2015, principalement grâce aux énergies fossiles, et notamment les centrales à pétrole lourd ou diesel, qui représentent la grande majorité du mix énergétique. Mais le Sénégal importe une grande partie de ce qu’il consomme, ainsi le pétrole brut représente ¼ de ses importations. Cela implique une grande dépendance aux cours du brut, et le coût en a été répercuté sur la population : le kWh est passé de 0,14 $ en 2012 à 0,22 $ en 2015.
La colère monte à ce sujet, et il ne faut donc pas compter sur les contribuables sénégalais pour financer les nouveaux projets d’infrastructures énergétiques via une augmentation de leur facture d’électricité, déjà la plus élevée de la région. Et cela, le président Macky Sall l’a bien compris. En mars 2017 à l’approche des élections législatives, le gouvernement sénégalais a annoncé une baisse de 10 à 15% du tarif, en fonction de la consommation.

Le plan renouvelable du président Sall

En parallèle, les autorités déploient des objectifs ambitieux en matière de production électrique pour le pays, à travers le Plan Sénégal Emergent (PSE). En effet, l’Etat prévoit d’électrifier 60% des ruraux en 2019, et la totalité de la population d’ici 2025. Pour cela, le gouvernement mise sur le renouvelable, avec l’installation de 405 MW de puissance de solaire et d’éolien d’ici 2019.
Et les projets se succèdent avec, en moins d’un an, les ouvertures en série de 3 centrales solaires dans le pays. Un secteur qui se voit comme le leader de l’énergie verte en Afrique de l’Ouest. En octobre 2016 le président Sall déclarait pour le lancement de Senergy 2 à Bokhol, alors la plus grande centrale solaire d’Afrique de l’Ouest avec ses 75 000 panneaux photovoltaïques capables de délivrer une puissance électrique de 20 MW, « avec la centrale de Bokhol, nous franchissons une nouvelle étape et le Sénégal entre de plain-pied dans l’ère de l’énergie propre pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre ». Un mois plus tard seulement était lancée la centrale de Malicounda à 84 km de Dakar. Elle battait déjà le record de Senergy, avec 86 000 panneaux PV et 22 MW de puissance. 
Cette énergie d’origine renouvelable, qui coûte beaucoup moins cher que celle issue du pétrole, devrait permettre à l’entreprise gouvernementale Sénélec, chargée de la production et de la distribution d’électricité dans le pays, d’économiser sur le long terme quelques dizaines de millions d’euros.

Solutions aux difficultés de financement

Pour trouver les financements nécessaires à ces projets d’infrastructures, il a fallu avoir recourt à des partenariats public-privés. C’est le cas de la centrale photovoltaïque de Malicounda, dans laquelle le groupe Solaria a investi 30 millions d’euros, en parallèle de la fourniture de la technologie photovoltaïque. La compagnie italienne se targue ainsi d’avoir participé au développement d’une entreprise où 99% du personnel est sénégalais, ce qui assure également des retombées économiques locales. L’électricien français EDF, via la création de la société ERA, a également investi plus d’un million d’euros en 2010 dans l’électrification de quelques 2000 villages de la concession de Kaffrine-Tambacounda-Kédougou. Projet pour lequel il a choisi l’installation de kits photovoltaïques, couplée à des opérations de raccordement au réseau national.
En dehors des partenariats avec des entreprises privées, le Plan Sénégal Emergent a également bénéficié de fonds de solidarité. Ainsi la Banque Africaine de Développement (BAD) a mis en place un fonds pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique en collaboration avec le Fonds Souverain d’Investissements Stratégiques et l’Institut Mondial pour la Croissance Verte. « Notre objectif, à travers cette initiative, a insisté Ousseynou Nakoulima, directeur des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétiques à la BAD, est de lever ces contraintes liées au financement ». Il est prévu que 50 millions $ soient levés d’ici 2018 pour 24 projets déjà sélectionnés, et à terme 660 millions $ devraient être mobilisés. L’ambition est d’aider le gouvernement sénégalais dans ses objectifs d’accès universel à l’énergie d’ici 2025 et de création d’emplois.
L’Agence Française de Développement (AFD) a également participé à hauteur de 42 millions d’euros au financement de la dernière centrale en date, celle de Thiès et ses 92 000 panneaux, inaugurée en juin 2017. « Le Sénégal sert ainsi d’exemple pour d’autres pays du continent » a déclaré Emmanuelle Matz, chef de la division énergie et infrastructures de Proparco, filiale de l’AFD responsable du projet.

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