Pour avoir été amené à fréquenter toutes sortes de groupes et classes sociales différentes, il apparaît qu’il y a souvent des incompréhensions mutuelles entre ces groupes. Par exemple certains riches ont bien souvent une vision des pauvres assez déconnectée de la réalité, vision qui les amène à les dénigrer, à user de ce que l’on pourrait appeler un racisme social. Le but de cet article n’est donc pas de montrer que tel groupe est supérieur ou non à un autre, ou encore de dénigrer les plus favorisés, mais bien de tenter de montrer objectivement quelle est la réalité des choses à propos des groupes défavorisés, et que les groupes favorisés oublient bien souvent pour tout un tas de raisons qui vont être exposées.

Racisme et autres discriminations sociales {JPEG}

On a donc vu dans un article précédent comment se comportaient les groupes sociaux entre eux. Qu’ils avaient la fâcheuse tendance à se mettre en opposition et discriminer ceux qui ne font pas partie de leur groupe. Mise en opposition et discrimination qui sera d’autant plus forte que la différence entre ces groupes est grande (au niveau des valeurs, codes, culture, etc).

C’est donc ce qui va se passer entre les groupes issus de milieux favorisés et les groupes issus de milieux défavorisés, où bien souvent les seconds vont être méprisés par les premiers. Il n’est pas rare en effet que les premiers parlent des seconds comme des beaufs, barbares, primate, brave bête, etc.

En privant les membres des groupes défavorisés de leur dignité, voire de leur humanité, il devient donc possible de jouer avec (sous prétexte d’humour), ou encore de les déposséder du peu qu’ils ont en toute bonne conscience (dépossession qui ne prendra pas forcément la forme d’une dépossession matérielle). Certaines fois cela peut aussi passer par la forme d’une condescendance exagérée et vexatoire qui masque le même sentiment de supériorité, mais exprimé de façon différente. Dans ce dernier cas l’attitude est moins dangereuse pour les personnes visées, il est vrai.

Bien heureusement tous les membres des groupes favorisés ne réagissent pas de cette façon, mais la chose n’est pas rare. Et cette opposition qui vise à protéger les valeurs et l’identité de notre propre groupe en dénigrant les valeurs et l’identité de l’autre groupe est bien sûr propre à chaque groupe social. Il ne provient pas uniquement des milieux favorisés, mais provient de comportements humains en général, de nos instincts qui nous poussent à rejeter ce qui est différent de nous, et ceux qui n’appartiennent pas à notre groupe.

On peut donc parler à ce niveau de racisme social, même si tous n’en ont pas conscience. On verra d’ailleurs certains de ces racistes sociaux pousser des cris d’orfraie face à toute forme de racisme basée sur la provenance ethnique, tout en oubliant que les racines du mal sont pourtant les mêmes : donc le rejet arbitraire de ce qui est différent de nous, ou encore la volonté de se sentir supérieur à l’autre.

Tentons maintenant de voir quelle est la réalité des choses. Autrement dit, si le dénigrement envers les groupes les moins favorisés est réellement justifié. Ou encore, si le sentiment de supériorité et la suffisance affichée de certains membres des groupes favorisés est dû à leurs compétences propres (auquel cas leur manque d’humilité pourrait à la limite se retrouver justifié), ou bien à d’autre facteurs.

 

Éducation et culture

Bourdieu a montré sur ce point l’inégalité des chances qu’il peut y avoir entre des individus issus de groupes favorisés et les autres. Cette inégalité provient de plusieurs facteurs. Notamment parce que les enfants issus de milieux favorisés bénéficient des codes, de l’éducation et de la culture de leurs parents et entourages. Codes et culture qui leur permettront également de mieux réussir leur scolarité. Parents et entourage leur apprendront également les codes et la culture nécessaire pour évoluer dans les milieux les plus rémunérateurs et protégés de la société. Il est évidant ici que parents et entourage d’individus issus de milieux défavorisés ne pourront pas fournir ce mode d’emploi et cette culture qu’ils ne possèdent pas, connaissances pourtant nécessaire pour pouvoir faciliter une réussite scolaire et un marche pied vers les milieux les plus intéressants/rémunérateurs.

Les enfants des milieux défavorisés devront donc apprendre par eux-mêmes ce qui a été donné à d’autres à la naissance. Cela ne favorise pas l’ascenseur social, et tend à cloisonner les groupes qui ne partagent pas les même codes entres eux. Une manière aussi pour un groupe de se protéger des autres, voire asseoir sa domination, en favorisant un certain hermétisme.

Blâmer le manque de culture et « d’éducation », ou encore se sentir supérieur pour ce qui a été donné à la naissance semble ici bien déconnecter de la réalité des choses. D’autant plus que culture et intelligence sont deux choses bien différentes, même si la première peut nourrir la seconde. Sur ce point comme sur d’autres, les pauvres ne devront compter que sur eux-mêmes pour trouver cette nourriture.

 

Emploi

Au-delà de la qualification qui va dépendre du niveau d’étude, trouver un emploi est notamment facilité par notre réseau. Si l’on a vu qu’il était bien plus facile d’obtenir un niveau d’étude et une éducation adéquat pour certains que pour d’autres, il en va de même pour ce qui est des réseaux dont pourront disposer les groupes sociaux privilégiés face aux autres. Déjà parce que les groupes sociaux privilégiés sont intégrés à un réseau économique dominant qui leur permettra d’obtenir par simple relation entretenue issue de ces réseaux, cooptation, ou encore piston, des postes plus intéressants. Ensuite parce que ceux qui évoluent dans ces milieux partagent majoritairement les mêmes codes et valeurs qui faciliteront l’entretien de ces types de réseau, comme leur acceptation pour évoluer dans ces types d’emploi.

Là encore, on peut voir l’inégalité au niveau de l’accès à des emplois intéressants/rémunérateur, voire l’accès à des emplois tout court pour certains. Privilège qui une fois de plus n’a rien à voir avec des compétences personnelles, mais qui est lié à un lieu de naissance.

 

Finesse d’esprit

De la finesse d’esprit découle également l’humour. Là encore il y a source d’incompréhension, et les groupes favorisés vont bien souvent dénigrer les groupes moins favorisés pour leur manque de finesse, ou encore d’humour (bien que souvent cet humour qui va viser les plus défavorisés tend plus vers le « rigoler de », que le « rigoler avec »). Toutefois cette finesse découle essentiellement des codes et valeurs d’un groupe. Comment donc comprendre cette finesse si nous ne possédons pas ces codes (et cela est valable pour tous les groupes sociaux) ? C’est d’ailleurs une des sources de malentendus entre différents groupes sociaux qui se basent sur leur code et valeurs internes pour communiquer tout en finesse, comme d’autres le feraient par le biais d’un regard. Inutile donc là aussi de s’en enorgueillir.

Bien sûr, une solution pour résoudre ces incompréhensions serait de parler clair pour éviter tout malentendu, mais dans ce cas on risque de passer pour quelqu’un de vulgaire, voire agressif. Le serpent se mord la queue en ce qui concerne les communications inter-groupes.

Mais cette supposée finesse d’esprit permet aussi de protéger son groupe comme de dénigrer ceux qui ne partagent pas les mêmes codes. Le protéger en évitant l’intrusion d’éléments étrangers, mais aussi en refusant le dialogue dans le but de garder une certaine forme de pouvoir sur l’autre. D’autres diront que c’est aussi une forme de soumission, ou encore de conversion (« utilise les même codes que nous pour communiquer ou on te rejette »). Tout ceci de manière consciente pour certains, ou inconsciente pour d’autres.

D’autres diront encore que dans ces conditions on a vite fait de tomber dans un dîner de con, même si dans ce cas de figure il est toujours difficile de déterminer qui sont les plus cons, les invités ou les hôtes qui n’ont que ça à faire pour valoriser leurs égos ?

Enfin, et si l’on est en position de supériorité, éviter de parler clair peut aussi éviter de régler les malentendus et d’arriver à une solution, et donc de garder sa supériorité en entretenant confusion et non-dialogue, comme en générant un sentiment de culpabilité chez l’autre (« ce n’est pas de ma faute si tu ne comprends pas »). Une forme de violence psychologique.

 

Violence symbolique et psychologique

Là encore Bourdieu a pu étudier cette forme de violence issue des groupes sociaux favorisés, notamment parce qu’il l’a expérimenté en en étant la cible durant ces études et qu’il n’était pas issu de ces groupes.

Bien sûr la violence psychologique n’est pas l’apanage des groupes sociaux favorisés, tout le monde la pratique. Toutefois la violence symbolique au sens que Bourdieu l’entend (qui est une forme de violence psychologique subtile pour asseoir la domination des classes supérieures), est aussi issue des institutions qui en reprenant les codes et valeurs des groupes favorisés vont les privilégier en ciblant ceux qui n’en sont pas issus.

Par exemple Bourdieu explique que ce type de violence symbolique favorise à l’université les groupes issus de milieux aisés, non pas seulement à cause de la sous-représentation des fils d’ouvrier à son époque (10 % des étudiants pour 35 % de la population active), mais aussi en raison de la culture universitaire qui est familière aux milieux sociaux aisés et dont les enseignants se rendent involontairement complice. « La culture universitaire est donc un héritage pour les uns, un apprentissage pour les autres » (Pierre Bourdieu Son œuvre Son héritage – La violence (symbolique) à l’école – Collectif). Encore une facilité hérité à la naissance dont les milieux défavorisés ne peuvent pas jouir, et dont les milieux aisés ne devrait pas s’enorgueillir de cette autre facilité.

En d’autres termes, en privilégiant codes et valeurs des milieux favorisés au sein de certaines institutions, il semble normal qu’il sera plus difficile aux autres groupes sociaux d’y évoluer, allant même jusqu’à se trouver incompétents, voir s’autoexclure.

Mais si depuis Bourdieu des choses ont évolué pour permettre un meilleur accès aux études, la culture des milieux institutionnels comme l’université, le monde politique ou encore des médias restent fortement imprégné de cette culture issue des classes dominantes qui participe à cette violence symbolique qu’il dénonce.

Mais, hormis la violence symbolique au niveau institutionnel, la violence psychologique (dénigrement, ostracisme social, jeux sadiques, etc) est d’autant plus paradoxale de la part des groupes sociaux favorisés qu’ils condamnent fortement la violence physique qu’ils vont juger barbare, bien plus que dans les autres groupes sociaux. Toutefois il a été démontréqu’en termes de barbarie la violence psychologique n’a rien à envier à la violence physique, elle peut même la surpasser en ce qui concerne les séquelles d’une personne qui va la subir.

Les groupes sociaux favorisés ne sont donc pas en reste si l’on veut parler de violence ou de barbarie qu’ils font subir à ceux qui ne sont pas des leurs. En d’autre termes, ils ne sont pas plus civilisés que les autres sur ce point. Ils ont peut-être une façon différente de l’exprimer que certains pourront trouver peut-être plus « intelligente » que la violence physique, car plus difficile à prouver et permettant de se mettre plus facilement à l’abri de la justice pour des effets parfois bien plus néfastes.

Bien plus intelligente (pour ne pas dire sournoise), car permettant de garder une image respectable auprès des autres (inutile de se battre comme un chiffonnier, ou encore de passer pour quelqu’un de violent), comme de garder une bonne conscience face aux normes sociales en cours qui rejettent majoritairement la violence physique, mais pas (encore ?) la violence psychologique (pour beaucoup l’approbation, le besoin de reconnaissance, du groupe est plus important que les notions de bien et de mal que tout le monde peut ressentir, ou même l’expression de sa propre personnalité si elle nous met le groupe à dos).

 

Pouvoir monétaire

C’est peut-être le point le plus visible de tous. Mais au-delà de cette différence de pouvoir monétaire qui peut faciliter bien des choses, peu abordent ce que manque d’argent et situation d’urgence peuvent entraîner au niveau comportementale.

« L’économiste Sendhil Mullainathan et le psychologue Eldar Shafir ont prouvé par des expériences que vivre dans des conditions de pénurie amène souvent à faire des choix qui précisément les exacerbent. […] Les résultats d’une enquête très simple montrent que les pauvres dépensent chaque jour pour survivre des ressources cognitives que les personnes plus à l’aise ne dépensent pas. […] Les ressources cognitives d’un individu sont limitées. Le stress du manque d’argent pour satisfaire des besoins urgents peut réduire l’aptitude à prendre des décisions susceptibles d’atténuer le problème. Le stock limité de ressources cognitives s’est épuisé, et cela peut conduire les gens à faire des choix irrationnels. Le stress et l’angoisse peuvent également compromettre l’acquisition de nouvelles compétences et de nouveaux savoirs. » (Le prix de l’inégalité – Chap.4 – Une forte inégalité rend l’économie moins efficace et moins productive – Joseph E. Stiglitz).

On pourrait aussi rajouter la pénibilité et le stress engendrés par certains emplois manuels, comme le fait que les ouvriers ont en moyenne une espérance de vie inférieure aux cadres. À relier donc à la moindre facilité d’avoir accès aux études et à des emplois intéressants/rémunérateurs comme vu précédemment.

Donc au-delà de la problématique monétaire à proprement parler, on voit que les individus qui manquent d’argent sont plus susceptibles de rentrer dans un cercle vicieux de choix qui vont au mieux ne pas aggraver leur situation. Sur ce point, les moins démunis sont épargnés et peuvent utiliser leur temps de cerveau disponible à améliorer leur situation en effectuant des choix plus rationnels. Là encore, il paraît difficile de mépriser les choix de certains lorsque l’on ne connaît pas les situations d’urgence et ce qu’elles peuvent engendrer. Comme il paraît difficile de s’enorgueillir d’une situation qui nous a placé dans un environnement protégé nous permettant d’utiliser au mieux nos ressources cognitives, une fois de plus cela n’a rien à voir avec des compétences personnelles.

 

Nous sommes responsables de ce qui nous arrive

Cette croyance est bien ancrée dans les milieux favorisés, mais pas que, comme l’ont montré certaines études de psychologie sociale :

« Au cours d’une étude, on a pu établir que les sujets négligeaient complètement les causes liées à la situation extérieure et privilégiaient celles liés à l’individu. […] Elle signifie que, dans la plupart des cas, nous avons tendance à expliquer un comportement par des raisonnements causaux qui privilégient et surestiment l’importance des variables personnelles au détriment des facteurs situationnels ». (La psychologie sociale – Chap. III.2 – Gustave Nicolas Fischer).

S’il est vrai que nous devons être responsables et ne pas rejeter la faute sur l’autre, ou encore sur des facteurs extérieurs imaginaires, dans le but de pouvoir se remettre en question et progresser, cet article montre bien que des facteurs extérieurs peuvent expliquer la plus grande facilité à s’en sortir des membres issus des groupes privilégiés que les membres issus des groupes défavorisés qui rencontreront plus de freins que de facilités.

En effet, au-delà d’un capital monétaire qui permet de faciliter bien des choses, on a vu que certains partent également avec un capital éducationnel et relationnel que d’autres n’ont pas et qui leur permettra une plus grande facilité à faire des études, comme un accès privilégié vers les emplois les plus intéressants et/ou rémunérateurs. Ils pourront également évoluer au sein d’institutions et milieux à forte valeur ajoutée qui leur sont favorables, et qui participent, bien souvent involontairement, au rejet des autres par la violence symbolique, les codes et valeurs qu’elles impliquent qui ne correspondent pas à ceux des autres groupes sociaux. Enfin pour ce qui est de la supposée barbarie des groupes défavorisés, on a vu également que la violence chez les groupes favorisés est surtout exprimée de façon différente et ne représente en rien le fait d’être plus civilisé.

Rajoutons également que cette croyance partagée et erronée sur le fait que nous sommes toujours responsables de ce qui nous arrive n’aide pas non plus ceux qui ont eu moins de chance à la naissance à avoir confiance en eux. Principalement à cause d’une culpabilité bien souvent injustifiée qu’on voudrait leur faire porter. De la même façon, cette croyance n’aide pas à une compréhension mutuelle entre ces différents groupes sociaux, car les privilégiés penseront que ce qui arrive aux moins privilégiés est forcément de leur faute.

On est donc en droit de se poser la question de savoir comment se seraient débrouillés ceux qui méprisent certains qui n’ont pas eu la même chance qu’eux ? Comment se seraient-ils débrouillés s’ils étaient nés dans un bidonville de Bombay, une favela du Brésil ou une cité de banlieue ? Auraient-ils eu le même niveau de vie et d’éducation que maintenant, ou bien leur niveau de vie a dépendu de facteurs extérieurs à leurs compétences propres ?

Donc à contrario du mantra précédent, on peut se demander si nous sommes toujours responsables des bienfaits qui nous arrivent, ou si là encore des facteurs extérieurs comme un lieu de naissance privilégié n’entrent pas en ligne de compte ? Poser la question est déjà y répondre.

D’autres justifieront encore cette naissance en raison d’une volonté divine. Certes, mais est-il utile de rappeler que toutes les religions parlent de mise à l’épreuve et d’être digne de ce que l’on reçoit. Là encore, mépriser l’autre suite à un don divin ne semble pas être l’attitude la plus digne qui soit. On pourrait même parler de responsabilité lorsque l’on détient un certain pouvoir. Pour rester dans la symbolique religieuse, c’est d’ailleurs toute la différence entre l’utilisation du pouvoir par Dieu qui se veut juste et responsable, et celle du diable qui se veut injuste et irresponsable. Et le pouvoir de Dieu étant supérieur à celui du diable, toujours d’un point de vue religieux et symbolique.

 

En conclusion

Alors bien sûr il n’est pas question ici de vouloir culpabiliser, ou encore jalouser, qui que ce soit. Cela manquerait de pertinence sur le long terme et ne servirait à rien. En revanche si certains pouvaient prendre conscience de la chance qu’ils ont eu par rapport à d’autres, chance qui n’a donc rien à voir avec leurs compétences propres, si cela pouvait leur donner un peu plus d’humilité, une meilleure compréhension et un respect de l’autre, alors on peut espérer des rapports plus harmonieux entre les différentes classes sociales.

Rapports plus harmonieux et compréhension de l’autre nécessaires à une coopération entre groupe sociaux qui est d’ailleurs la seule façon de régler ce principe d’opposition générateur de tensions inhérent à tous les groupes sociaux.

Coopération aussi pour que chaque groupe puisse comprendre les problématiques de l’autre dans le but de prendre des décisions (projets de société, lois, etc) en rapport aux réalités de chacun des groupes qui composent une société. Et non comme maintenant, où une minorité qui vit dans une bulle déconnectée de la réalité des autres groupes sociaux prend des décisions basées sur des idées reçues qu’il a sur l’autre, donc prend des décisions basées sur des croyances et non sur des réalités objectives (un défaut malheureusement lié au fonctionnement de l’ensemble des groupes sociaux, il est vrai). Autrement dit, comment faire des lois légitimes et pertinentes pour qu’elles soient suivies naturellement dans une telle configuration ? La question ici n’est pas tellement éthique, mais surtout stratégique dans le but d’éviter toute fracture sociale et les problèmes qui vont avec. Rappelons la vision de Durkheim à ce sujet (qui pour la première partie n’est pas appliqué de nos jours) :

« Parce qu’il y a des communications constantes entre eux et l’État, l’État n’est plus pour les individus comme une force extérieure qui leur imprime une force toute mécanique. Grâce aux échanges constants qui se font entre eux et lui, sa vie se rattache à la leur, comme la leur se rattache à la sienne. […] Ce qui fait vraiment le respect de la loi c’est qu’elle exprime bien les rapports naturels des choses ; surtout dans une démocratie, les individus ne la respectent que dans la mesure même où ils lui reconnaissent ce caractère » (Leçon de sociologie – Chap. 8&9 – Durkheim).

Mais si c’est ce principe d’opposition qui continue à dominer, alors il est normal de tomber dans des logiques de tensions, de rejet des élites, de lutte de classe, de populisme, de théories marxisantes, et autres volontés de déposséder ceux qui possèdent en regardant les autres de haut. Notamment parce que les décisions prises ne prennent pas en compte les réalités objectives de ceux qui vont les subir, et qui vont donc avoir tendance à les rejeter. Mais aussi à cause de cette discrimination sociale abusive qui ne fera que donner des ressentiments négatifs et un rejet des plus privilégiés par ceux qui la subissent, pour aboutir à de plus grandes fractures sociales comme des risques de phénomènes de radicalisations politiques.

Ps : La problématique est bien sûr complexe et développer tous les points nécessaires, comme les nuances à apporter, ne peuvent rentrer dans le cadre d’un article (déjà long). Cet article se bornant à montrer certaines réalités de vie dont beaucoup n’ont pas conscience. A contrario, il m’est heureusement arrivé de rencontrer des personnes privilégiées qui, sans tomber dans des pathos naïfs et autres formes de condescendance, comprenaient la chance qu’ils avaient eu par rapport à d’autres, et ne s’en faisaient ni un complexe, ni une gloire. Ce qui permettait des rencontres agréables.

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