Le passsage dans les médias est un passage qui n’est pas indifférent, neutre ou sans effets politiques pour le porteur d’un discours, fût-ce un discours par nature non politique. Dès lors, en quel sens nos discours médiatiques valident-ils ou non une vision dominante de la politique ? La démocratie d’opinion n’est-elle que le masque acceptable d’une idéologie qui ne dit jamais son nom ?

Toute personne qui accède à la notoriété médiatique voit son action et ses propos acquérir derechef une portée politique, volontairement ou involontairement, et ceci quel que soit le statut de l’acteur médiatisé. La neutralité axiologique, dans son principe comme dans ses effets, est un leurre manifestement destiné à asseoir une position d’autorité masquée sous le costume pompeux de la « science ». Tout propos, toute action médiatisés alimentent ou affaiblissent une position politique dominante qui n’est autre que la position régnante au sein de l’establishment économique sous-tendant elle-même la structure politique des médias. L’illusion de la démocratie d’opinion supposée fonder sur le plan moral et rhétorique l’argumentaire des Etats de droit finit par se dissiper au contact des pouvoirs oligarchiques.

Mécanique politique et miroirs médiatiques

Une émission se déprogramme facilement dès lors qu’elle dévoilerait un peu trop la réalité des pratiques, des projets et des objectifs poursuivis par les barons du système ; un animateur se congédie vite si ses invités et ses sujets ne respectent pas le cahier des charges idéologiques qui lui sont imposés implicitement. La peur de la pauvreté, la hantise de la diabolisation suffisent à ériger chez les employés du pouvoir toutes les barrières salvatrices de l’auto-censure propres à garantir à ses décideurs le nécessaire devoir de réserve, ce devoir muet par nature, discrétionnaire car entaché de honte, ce devoir factice sur lequel tout un édifice de boue est élevé. Que l’on soit un chercheur académique, un citoyen « apolitique » ou a fortiori un religieux laïco-compatible, il suffit que l’on sache cette portée pour en mesurer les effets. Si l’on est fondé de bon droit à revendiquer un engagement d’une autre nature que politique (religieux, éthique ou sapientiale), on ne peut ignorer l’effet mécaniquement politique de nos positionnements induits par ces miroirs grossissants et bien souvent déformants que sont les médias.

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