Oser prendre la parole pour partager ses idées, et savoir écouter les idées des autres pour aller plus loin : pas simple ! Alors autant l’apprendre tôt. Les élèves d’une classe de 6ème du collège Gérard Philippe dans le 18ème arrondissement de Paris n’auront pas attendu d’être vieux. Un reportage de la Télé Libre paru le 21 juillet 2017.

Une équipe de professeurs de français, d’histoire-géographie et d’éducation civique ont lancé le premier championnat de débat, accompagnés par l’association CapaCités. Pendant 6 semaines à raison d’une matinée par semaine, les élèves d’une classe de 6eme ont ainsi réfléchi à ce que signifiait débattre, et ont expérimenté, en allant « chercher des sources froides et des sources chaudes pour trouver nos arguments », explique une élève, puis « en s’exerçant, sur les trois thèmes qu’on a travaillé », complète un autre : pour ou contre le portable à l’école, pour ou contre les voiture en ville, pour ou contre la participation des élèves à l’entretien du collège.

En 6 semaines, toute la classe a ainsi pu sentir l’importance de l’exigence démocratique du débat : qu’il ne soit ni une joute, ni un déferlement d’égos. Une sagesse dont pourraient s’inspirer les adultes qui échangent sur AgoraVox et les autres sites de débat ! Pas évident, mais nécessaire, car débattre, c’est apprendre à « voir le monde du point de vue de la différence » (Alain Badiou), et comprendre qu’elle est nécessaire pour avancer. C’est en ce sens que les élèves, par tirage au sort, ont joué successivement tous les rôles : débatteurs, animateurs du débat et membres du jury, afin qu’ils puissent « expérimenter des rôles (donc des postures) différents », et ainsi « enrichir leur point de vue ».

Comme partout ailleurs, dans cette classe de 6eme, les filles parlent moins fort que les garçons, prennent moins la parole, et lorsqu’elles la prennent, elles parlent moins longtemps. Pendant ce temps-là, les garçons déballent tous leurs arguments de l’autre côté de la classe. On peut faire le même constat sur les sites d’information, où les femmes peinent à trouver leur place entre des mâles préférant bien souvent imposer avec virulence leur point de vue (forcément le seul valable) plutôt que de dialoguer sereinement. Étienne Chouard, lisant l’art de la conversation de Montaigne (dans une vidéo qui devrait servir de référence à tout AgoraVoxien), reste une bien trop rare exception…

Pour revenir à nos apprentis citoyens, sachez que, le jour du championnat, les filles se montrent finalement plus volontaires que les garçons. Face au stress et aux regards des parents, les rôles s’équilibrent.

L’année prochaine, le championnat dépassera les frontières de la classe de 6eme : le débat s’installera dans toutes les classes du collège, et dans plusieurs collèges parisiens, pour un grand championnat final inter collèges. Un rendez-vous démocratique inédit !

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