Madame Sturgeon, Premier ministre de l’Ecosse qui cherche à s’affranchir de la couronne britannique a apporté son soutien à la démarche des partisans de l’indépendance catalane mais mesure aussi maintenant les difficultés que s’échineraient à mettre sur sa route les bureaucrates de Bruxelles pour lui refuser son adhésion rapide à la Communauté.

Et donc saboter pour peu qu’ils en soient capables son économie et faire régresser le bien-être de ses habitants.

Disons-le d’emblée, je suis un partisan du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ce qui inclut donc d’office la Catalogne comme toute autre région qui se définit comme peuple.

On peut mettre en doute la légalité du référendum catalan en regard de la loi espagnole mais on ne peut contester sa légitimité et il est souvent arrivé dans le passé que le pays légal soit obligé de s’effacer devant le pays réel.

Il est au demeurant facile de sonder le poids des indépendantistes par sondages qui souvent vont dans le sens de ce qu’attendent ceux qui les financent.
C’est d’autant plus confortable de s’en servir comme aune de référence quand, pour des raisons absurdes, on empêche le déroulement d’un référendum organisé en bonne et due forme par l’autorité élue de la Generalitat de Catalunya.

Le gouvernement espagnol a donc enterré cette consultation populaire en se cachant derrière une constitution qui, par définition, n’est pas figée dans le marbre et peut évoluer surtout si elle doit se mettre à l’unisson des réalités du pays dont elle doit régir les comportements.

On ne m’enlèvera pas de l’idée que c’est justement parce qu’il y avait un risque de victoire des courants indépendantistes que le gouvernement central s’est résigné à utiliser la force pour contrarier le déroulement harmonieux de l’exercice le plus démocratique qui soit et qui aurait permis vraiment de savoir si la majorité catalane veut son indépendance.

Par la faute de Mr Rajoy et des ultras au pouvoir on restera donc dans l’expectative qui permet toutes les supputations.

Il n’en reste pas moins que, dans un climat de grande tension marqué par des scènes de brutalité excessives contre des foules pacifiques, près de trois millions de Catalans ont affronté les aléas de la rue et les possibles matraques de la police d’état pour émettre un vote et ce vote est très majoritairement favorable à l’indépendance.

Personne n’a jamais dit que cette mutation serait simple surtout avec une Union Européenne aux abois qui défend farouchement le statu-quo car le moindre souffle de vie peut envoyer cul par dessus chemise le laborieux décor brinquebalant qui sert de paravent à ses hésitations.

L’indépendance serait même probablement douloureuse, marquée par des privations et des sabotages de toute nature, mais le prix à payer ne serait rien à côté de ce sentiment de fierté qui irradierait les cœurs de ceux qui verraient leur long combat aboutir.

« L’homme ne se nourrit pas que de pain » pour citer une parole d’Evangile assez incongrue sous la plume d’un athée mais qui témoigne d’une réalité que beaucoup de peuples ont déjà surmontée…

Puigdemont a, à mon sens, commis une erreur en jouant au plus rusé et en proclamant l’indépendance de manière symbolique pour aussitôt la suspendre dans l’espoir d’un dialogue avec Madrid et le gouvernement central s’est précipité dans la brèche.

Si, comme on le prétend, une telle proclamation vide de sens résulte de la pression d’émissaires européens, ce pas de clerc aboutit à faire tombe Puigdemont dans le piège grossier tendu par une Communauté qui ne veut de bien à aucun courant indépendantiste dans son périmètre.

Une Communauté Européenne où l’indécision quand il s’agit de prendre des décisions importantes au niveau institutionnel l’emporte toujours sur la volonté d’être enfin à la hauteur de ses principes et qui se contente de transcrire en matière économique les desiderata des vrais maîtres du monde quitte à étrangler les masses populaires sous le poids de (dé)réglementations absconses.

Aujourd’hui, d’une certaine manière, Puigdemont se trouve engagé sur le chemin de la déconsidération, à vouloir finasser dans la recherche d’un impossible compromis, il risque de perdre son âme.

D’une relative position de force, il s’est placé en position de quêteur d’un geste de la part de personnes qui manifestement ne voudront rien faire pour lui sauver la face.

En se résignant à cette déclaration symbolique d’indépendance qui ne débouchera sur rien, il cause à son peuple une grande souffrance, celle des espoirs déçus et la sanction ne tardera guère.

Soit il obtempère à Madrid, amende son texte et perd la face, soit il maintient l’esprit de son texte et revient de fait au statu quo ante en ayant perdu l’occasion de passer dans l’histoire avec une autre dimension que celle d’un calculateur qui perd le fil de ses propres intrigues.

Dans les deux hypothèses (sans en exclure d’autres) l’histoire retiendra qu’au moment d’exprimer la volonté de son peuple, il a choisi le faux-fuyant abracabrantesque d’une indépendance qui a duré quelques secondes pour faire place à une demande de dialogue déjà rejetée.

On me dira à juste titre que le recul associé à la démission morale s’annonçait déjà quand il n’a pas voulu respecter l’échéancier qu’il avait lui-même établi et qui annonçait la déclaration officielle d’indépendance un ou deux jours après le verdict des urnes pour peu qu’il fût favorable.

On peut aussi légitimement se demander si en organisant ce référendum, Puigdemont n’espérait pas secrètement un résultat contraire qui lui aurait permis de jouer à l’indépendantiste tout en étant dispensé de sa mise en œuvre.

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