Qu’est-ce qui vous a pris, M. Brissault, patron de la société Starterre de reverser 1,6 Million d’euros de vos bénéfices à vos salariés ? Le Medef et la CGPME en sont restés sans voix. Vous risquez quasiment l’excommunication avec vos lubies et d’être montré du doigt comme patron voyou par vos confrères qui ne manqueront pas de demander au gouvernement d’interdire de telles pratiques.

Toute une stratégie de victimisation mise à mal

Depuis des lustres, les syndicats de patrons s’évertuent à nous dire que tout va mal, que les entreprises croulent sous les charges, que le code du travail est trop rigide, les indemnités de licenciement trop élevées et que l’impôt sur les sociétés devrait être supprimé.

Les saillies verbales de M. Gattaz sur ce sujet ainsi que ses promesses jamais tenues de créations d’emplois malgré les 20 Milliards annuels du CICE font la une des journaux alors que vous, M. Brissault, votre geste n’a fait que 15 petite lignes en colonne en dernière page de mon quotidien régional.

C’est un fait, les déboires supposés des entreprises françaises avec leurs salariés qui coûtent cher sont largement relayés par les médias et il semble qu’il y ait une hérédité très prononcée chez les Gattaz, porteurs de mauvaises nouvelles, puisque le père de celui-ci officiait à la tête de l’ancêtre du Medef, le Conseil National du Patronat Français, autrement appelé « Conseil National des Pleurnichards Français » ce qui en disait déjà long sur l’action de ce mouvement.

Cela fait désormais partie de la légende urbaine et tout le monde s’accorde à penser, aidé en cela par le matraquage médiatique et les « économistes » aux ordres, que « les entreprises françaises vont mal » et qu’il « faut faire des sacrifices », chez les salariés, bien entendu, afin que les dirigeants d’entreprises maintiennent leur train de vie (achat d’un vignoble pour 11 Millions d’euros chez les Gattaz) versement de dividendes de plus en plus élevés chez les actionnaires (la France est la championne d’Europe) et distribution de stock-options pour les cadres dirigeants (qui proposeront des plans sociaux faisant remonter le cours de l’action) afin qu’ils aient l’impression de faire partie de la famille.

Et bien évidemment, les gouvernements successifs adhèrent à cette légende et mettent en œuvre les mesures de régression sociale demandées par nos patrons afin qu’ils puissent avoir le même train de vie que ceux qui officient dans des pays exotiques où les charges et les impôts n’existent pas et participent au concours de celui qui a la plus grosse fortune.

Le gouvernement actuel est tellement convaincu de la ligne du Medef qu’il n’hésite pas à supprimer des emplois aidés pourtant moins onéreux que les emplois attendus avec le CICE, afin de mettre un peu plus de tension sur le marché de l’emploi et obliger les chômeurs à accepter n’importe quel emploi à n’importe quelle condition pour faire plaisir au Medef.

Et voilà qu’on se rend compte que des entreprises vont bien, qu’elles font des bénéfices et peuvent en distribuer à leurs salariés, mais bien évidemment ceux qui ne veulent pas voir ça nous diront que cela tient à la structure du capital de l’entreprise (familiale) et que cela ne peut pas se produire dans les entreprises dans lesquelles le capital est partagé entre de multiples investisseurs, tous plus pressés les uns que les autres d’empocher de juteux dividendes avant de penser à investir dans l’entreprise et à partager avec les salariés.

Cela pose des questions

Dès lors, on comprend mieux le refus patronal de faire siéger des représentants des salariés aux conseils d’administration des entreprises à l’instar de ce qui se passe en Allemagne, pays pourtant monté en exemple aux travailleurs français (sans les quelques millions de travailleurs pauvres sans protection sociale qu’on dissimule sous le tapis, comme la poussière). Ces représentants seraient capables de voir que le rendement financier a désormais remplacé la stratégie industrielle dans bon nombre d’entreprises et que le patriotisme économique est une notion qui fait bien rire les dirigeants et les actionnaires.

Par ailleurs, sans connaître ni le compte de résultats, ni le bilan de l’entreprise Starterre, on peut penser qu’elle est très bien gérée puisqu’elle se développe et qu’elle réalise de bons bénéfices dans un secteur (la vente d’automobile) souvent présenté en tension.

Cela pose donc la question de l’indépendance de certaines entreprises dont certaines sont de simples sous-traitantes d’entreprises plus importantes et dont les marges se restreignent comme peau de chagrin.

Il y a aussi la question du prix payé au producteur par les entreprises de l’agroalimentaire et de la grande distribution qui confisquent les profits. Ce dernier exemple illustre parfaitement la part prise par la finance avide puisqu’on n’envisage désormais comme seule solution celle de l’augmentation du prix payé par le consommateur pour que les agriculteurs puissent vivre de leur travail. « Touchez pas au grisbi », tel semble être le leitmotiv de ces rapaces. Pas de partage à l’ordre du jour. Circulez, il n’y a rien à voir.

Cela pose enfin la question de la formation des prix. On nous dit que c’est la loi de l’offre et de la demande qui fait le prix, ce qui veut dire, la vente à perte étant interdite, que dans certains secteurs ou pour certains produits, le prix peut n’avoir aucun rapport avec ses coûts de fabrication (l’exemple des téléphones portables est là pour illustrer ce propos).

Autrement dit, tant qu’il y aura des gogos pour s’endetter en achetant le dernier téléphone portable qui coûte un SMIC et fabriqué à bas coût dans des pays à la main d’œuvre abondante et peu revendicative, le décalage exorbitant entre le coût de production et le prix de vente a de beaux jours devant lui et les financiers seront contents.

La société Starterre évolue dans un secteur où les prix sont de fait alignés avec les concurrents (prix de vente constructeurs, Argus,…) et la réalisation de bénéfices est due au savoir-faire économique et technique de ses dirigeants et de ses salariés. Cela doit être salué.

M. Brissault aurait pu se contenter de faire comme M. Gattaz, c’est-à-dire s’acheter une danseuse dans le Lubéron pour 11 Millions d’euros. Au lieu de cela, M. Brissault a choisi de partager 1,6 Million de bénéfices avec ses salariés et non pas en fonction des postes détenus mais de l’ancienneté des salariés dans son entreprise, ce qui est doublement iconoclaste pour un dirigeant du Médef normalement constitué.

De là à ce que M. Brissault soit considéré par le Médef comme un patron voyou….

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