Non seulement les derniers développements des affrontements entre les Etats-Unis et la Russie donnent une impression de déjà-vu et rappellent les tensions dans un monde bipolaire que certains avaient déjà oublié, mais il est à craindre qu’en fait,  la confrontation tende à se crisper dans une forme de conflit de moins en moins larvé et de plus en plus dangereux.

Le nœud de la confrontation ne se situe plus à Berlin, pas plus que dans ce qu’on appelait alors le « tiers monde », mais directement aux frontières de la Russie, depuis les États baltes et l’Europe jusqu’à l’Ukraine et à la mer Noire, où sont progressivement positionnés des troupes, des armes, des avions de guerre, des navires et des installations de défense antimissile. Aucune puissance militaire étrangère ne s’était avancée aussi près de la Russie et de Saint-Pétersbourg depuis l’opération Barbarossa et l’invasion nazie en 1941. Pour Moscou, il s’agit d’ »une agression américaine contre la Russie ». Si le Kremlin est accusé d’avoir « attaqué l’Amérique » lors de l’élection présidentielle de 2016, il n’y a pour l’instant aucune preuve tangible, alors que les responsables russes perçoivent matériellement sur le terrain l’actuelle intimidation dirigée par Washington qui continue à fournir Kiev en armes afin de lutter contre les « rebelles » soutenus par la Russie dans le Donbass.

L’éventualité d’un conflit militaire américano-russe est encore plus visible en Syrie où les forces syriennes soutenues par la Russie sont en train de vaincre de manière décisive les combattants anti-Assad, dont plusieurs sont affiliés à des organisations dites « terroristes ». Le ministère russe de la Défense a fait savoir qu’il considère que les forces américaines en Syrie aident et encouragent activement les combattants anti-Assad et mettent les troupes russes en danger, en affichant son intention de riposter à ces unités américaines en Syrie. Quelle sera la réaction de Washington si les Russes tuent des Américains en Syrie ?

Entre-temps, contrairement à la précédente Guerre froide pendant laquelle les relations entre les États-Unis et l’Union soviétique s’étaient développées progressivement après la crise des missiles de Cuba de 1962, les relations actuelles sont détériorées. Le Congrès et l’administration Trump semblent déterminés à fermer deux agences de presse russes aux États-Unis : RT et Sputnik. Si tel est le cas, le Kremlin pourrait adopter des mesures de réciprocité en Russie, réduisant ainsi les relations publiques de communication de part et d’autre.

Très peu d’opinions « anti-guerre froide » apparaissent dans les journaux américains ou sur les réseaux : elles sont classées comme « désinformation russe » et « propagande » pro-Kremlin. La campagne « Russiagate » a paralysé toute velléité de négociations des diplomates américains avec Poutine. Si Kennedy avait été présenté comme comme une « marionnette du Kremlin » pendant la crise des missiles cubains, il n’aurait pas pu faire de compromis avec Khrouchtchev pour mettre trouver une alternative à la guerre nucléaire. Même si beaucoup de politiciens et de médias américains détestent Trump, ils devraient pourtant craindre davantage l’éventualité d’une guerre avec la Russie.

Contrairement à ce qui se passait dans les années 60-80, il n’existe pratiquement pas de médias, de politiciens ou de politiques anti-guerre froide dans l’Amérique dominante d’aujourd’hui. Sans opposition ni débat public, les dérives ne sont pas exclues.

Il faut ajouter à ces réalités le mythe fabriqué et diffusé selon lequel la Russie postsoviétique serait trop faible pour mener une guerre froide prolongée et finirait par capituler face à Washington et à Bruxelles. C’est cette croyance qui sous-tend l’arsenal des sanctions contre Moscou depuis 2014. Pourtant, plusieurs institutions internationales de surveillance financière ont enregistré une forte reprise économique de la Russie au cours des deux dernières années en devenant par exemple le premier exportateur mondial de blé. C’est oublier aussi les vastes ressources naturelles, humaines et territoriales de la Russie. Par ailleurs, même au prix de dévastations et de sacrifices énormes, l’histoire russe moderne n’a connu aucun exemple de capitulation. Ni les dirigeants de la Russie ni son peuple ne changeront sous la pression occidentale.

La nouvelle guerre froide risque d’être aussi longue que la précédente, mais elle est d’autant plus dangereuse que les technologies ont évolué dans les deux camps.

 

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